François Braun « Maître » de la Santé

Vu l’état du secteur, avoir été urgentiste pour devenir ministre de la Santé n’est pas forcément un inconvénient, mais ce n’est pas suffisant.

Lorsqu’il sort d’une émission de radio ou de télé, François Braun offre toujours à ses interlocuteurs le visage soulagé d’un type qui vient de traverser victorieusement un champ de mines.

Grand sourire, main tendue : « Merci, et à bientôt, oui, oui. » Ouf, ces squales n’ont pas eu ma peau, enfin pas cette fois. Il faut dire que le ministre de la Santé, la soixantaine bonhomme, urgentiste depuis toujours et ancien président du très influent Samu-Urgences de France (SUDF), fait systématiquement preuve d’un indéniable sang-froid. Il en faut pour gérer un ministère désormais en crise permanente.

« La Santé, c’est une emmerde par jour, un manque criant de pognon et la quasi-certitude de finir mis en examen, avec des plaintes devant la CJR (Cour de justice de la République). Honnêtement, ça ne se bouscule pas au portillon », confie un ancien titulaire du portefeuille. A part Olivier Véran, qui était prêt à se rouler par terre pour garder le job, personne n’en voulait.

Macron a eu le plus grand mal à pourvoir le poste. Tout ce que Paris compte d’éventuels ministres a été, comme on dit, « approché », en pure perte.

Responsable du programme santé de Macron pendant la dernière campagne, François Braun, plus connu à Belfort qu’à Paris, a patiemment attendu son heure. « Il connaît le monde de l’hôpital et bénéficie de l’effet de sidération qu’avait produit sa prédécesseure pendant quelques semaines, Brigitte Bourguignon, fort heureusement battue aux législatives, et donc obligée de démissionner », sourit un député Renaissance.

Braun n’a pas tardé à servir partout la doxa macronienne. Pas une intervention sans qu’il précise : « Jamais un président n’a autant fait pour la santé. » Braun est devenu, comme son président, un spécialiste incontesté des « machins », qu’il cite au moindre problème. La pédiatrie hospitalière est en crise, ayant le plus grand mal à faire face à l’épidémie de bronchiolite ? Il sort le chéquier, évidemment (400 millions d’euros), mais tient à rassurer pour la suite : pas de problème, tout sera abordé lors des Assises de la pédiatrie et de la santé de l’enfant.

Et, pour la fin de vie, que faut-il faire ? Pas de panique, les amis, il y a le comité d’éthique. Sans oublier la Haute Autorité de santé, bien pratique, mais aussi le machin des machins, le Conseil national de la refondation (CNR) de la santé, qui réglera tous les problèmes de fond, soyons-en certains.

Le ministre a un principe, qu’il n’hésite pas à faire connaître : « Ma logique est de mettre en place des solutions qui marchent. » Et une méthode, qui a fait ses preuves : nier l’existence des problèmes.

Le tri en pédiatrie ? C’est bien simple, il n’y en a pas. Fermez le ban.

Parfois incisif quand il était syndicaliste, en taclant opportunément Buzyn sur son manque de moyens, Braun le ministre la ramène moins face à Le Maire, qui lui a imposé un budget très vissé. « Aux Finances, on a décidé que c’était la fin du « quoi qu’il en coûte » pour la Santé, et, le job de Braun, qui n’a pas de troupes et pas le moindre poids politique, c’est de faire croire le contraire. Pas marrant tous les jours », raconte un fonctionnaire de Bercy.

Confronté à l’explosion des dépenses des honoraires des médecins intérimaires à l’hôpital, il a dit stop. La possibilité d’une grève ne l’émeut pas. « Au bout d’un moment, il va bien falloir que les intérimaires travaillent et qu’ils mangent. »

D’accord, mais, pour régler le problème structurel du manque de personnel, on fait quoi, on lance un « Ségur de l’intérim » ?

« C’est tout le problème de Braun : c’est un excellent connaisseur de l’hôpital, mais il est démuni pour gérer le nombre incroyable de sujets à traiter, et qui ont été délaissés depuis quinze ans. La psychiatrie hospitalière moribonde, les déserts médicaux, le grand âge, la politique du médicament, le secteur privé qui fait son beurre sur les radios et les labos : Braun est mutique sur toutes ces questions clés », peste un ancien membre de cabinet ministériel.

A sa décharge, son équipe est jugée « faible » par tous ceux qui ont l’occasion de la côtoyer. « Le nez dans le guidon, trop technique, conservatrice », assène le même.

Un peu assommé par l’ampleur de sa tâche, Braun essaie tout de même d’exister un peu. Il a fait savoir que sa femme n’était guère contente de sa nomination. Ce qui n’a pas ému les foules. Puis il a confié qu’ «il [lui était] arrivé de fumer deux ou trois joints ». Indifférence générale.

Enfin, il a roulé des mécaniques, assurant que l’atmosphère belliqueuse à l’Assemblée ne l’impressionnait pas : « La castagne, ça ne me fait pas peur. » Aucune réaction dans la salle.

« C’est dingue, je m’aperçois tout d’un coup, en discutant avec vous, qu’on ne parle jamais de Braun et qu’on n’en dit même pas de mal », admet, étonné, un sénateur, langue de vipère notoire dans un endroit qui en abrite un certain nombre. C’est là son premier exploit.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 19/11/2022


Une réflexion sur “François Braun « Maître » de la Santé

  1. bernarddominik 20/11/2022 / 12:01

    Face au manque de personnel de moyens, ce n’est pas un pragmatique il s’est opposé au retour des soignants suspendus pour non vaccination, alors que le sérieux Lancet publie que la vaccination a diminué l’immunité des vaccinés du covid19, c’est un jongleur, un prestidigitateur qui connaît bien l’art de l’enfumage.

Laisser un commentaire