Servir la soupe

Le beau bourrage de crâne que voilà !

Il aura suffi que Darmanin, le premier flic de France, donne le la en dénonçant les « écoterroristes » opposés aux mégabassines pour que plusieurs médias lui emboîtent le pas. D’emblée, le directeur du « Figaro Magazine » (4/11) applaudit : Darmanin « a eu raison d’accoler les mots « écologie » et « terrorisme » ».

Quelques jours plus tard, « Le Figaro » (9/11) stigmatise en gros titre de une « LA MONTEE DES VIOLENCES DE L’ECOLO-GAUCHISME ». Effectuant une « plongée dans la France sabotée », il dévoile un « vertigineux état des lieux » policier. « Pas moins de 104 actions » dues aux « ultras de la cause environnementale » depuis le début de l’année !

Les plus nombreuses étant « des actes de malveillance contre des antennes-relais », au nombre de 69. On ne voit guère le rapport avec la « cause environnementale », puisqu’il s’agit plutôt ici de lutte contre la 5G et son monde (le flicage, notamment) mais qu’importe !

Ajoutez-y 29 actions (pas non plus spécifiquement écolos) contre des installations de fibre optique. Et 12 contre des éoliennes (Stéphane Bern, le RN et LR étant farouchement antiéoliennes, pourquoi ne pas les suspecter, eux aussi ?). Et voilà de quoi trembler face à l’épouvantail écolo.

Le lendemain, « Paris Match » (10/11) en rajoute avec une couverture accrocheuse. Sur fond de manif, deux individus au visage masqué, et ce titre : « COP27, ECOLOS ULTRAS. Génération coup de poing. Reportage ». Oui, c’est toute une génération qui se retrouve étiquetée « coup de poing » ! Et tant pis si la lecture du reportage nous donne une autre image de ces « ultras ».

Les activistes de Dernière Rénovation que rencontre le reporter sont tout mignons. Leur unique revendication est de « contraindre le gouvernement à adopter un plan ambitieux de rénovation thermique des bâtiments d’ici à 2040 ». Se préparant au blocage de l’A26, ils écou­tent sagement les consignes : « Pas d’insultes, pas de gestes agressifs. » Un chercheur du Cevipof, Daniel Boy, confirme : en France, on est « bien loin » de l’écoterrorisme. Qu’importe, le « choc des photos » a frappé !

Le même jour, « Le Point » (10/11) est au diapason : « Ecolos ultra-radicaux : JUSQU’OU LA VIOLENCE ? Enquête sur ces mouvements qui rejettent la voie démocratique ». Un chroniqueur se demande sans rire où est la différence entre l’aspersion tomatière d’un Van Gogh protégé par une vitre et la destruction des bouddhas géants par les talibans.

Le même jour, « L’Express » (10/11) met en couverture une « Joconde » aspergée de soupe de tomate, et titre son verdict : « Un combat urgent, des actions néfastes. QUAND L’ECOLOGIE SE SABORDE ».

Ah, ces activistes qui tuent la cause écolo ! Bref : assister en direct à la fabrication médiatique d’un nouveau bouc émissaire, voilà qui est fascinant.

Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas.


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 16/11/2022


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