Au Planning Familial…

… ça ne s’arrange pas !

Lors de son dernier congrès, qui a eu lieu du 4 au 6 novembre, le mouvement a acté officiellement une ligne « intersectionnelle », au détriment d’une motion qui proposait de maintenir une orientation universaliste. Dans son communiqué de presse, le Planning annonce ainsi : « Le mouvement a choisi d’affirmer plus fort son positionnement de mouvement féministe intersectionnel c’est-à-dire qu’il prend en compte les multiples rapports de domination subis par les personnes. Ainsi, le Planning familial a voté, entre autres, en faveur d’une meilleure inclusion des personnes grosses, des femmes voilées ou portant le voile et pour une mixité sociale accrue au sein de son mouvement. »

Ce qui fait réagir certaines militantes.

« C’est un paradoxe, puisque, en Iran, les femmes se battent pour retirer leur voile…, déplore Monique Lemoine, coprésidente du Planning familial du Loiret, dont l’association départementale a été exclue de ce congrès. L’intersectionnalité est un concept utilisé dans les études de genre, mais cela fait belle lurette qu’on le met en place sans avoir besoin de le dire, mais nous, nous ne l’opposons pas à l’universalisme. »

Lors du congrès de 2019, il y avait déjà eu ce débat, nous vous en avions parlé dans le journal, mais c’était une motion alliant intersectionnalité et universalisme qui avait été votée. Cette fois-ci, l’universalisme semble avoir été abandonné. Tout cela n’est pas que du jargon de militant.

Si l’intersectionnalité est un concept intéressant, en ce qu’il souligne la multiplicité des discriminations (une femme noire peut être victime de racisme et de sexisme), il tend aussi parfois à ne plus dénoncer les injonctions religieuses, au nom d’un pseudo-antiracisme, comme c’est le cas avec le voile. Là où l’universalisme considère que toutes les femmes doivent avoir accès à la même émancipation, quelles que soient leur origine ou leur religion.

Inquiétant aussi, le fait que certaines associations départementales aient été exclues de ce congrès pour n’avoir pas mis en conformité leurs statuts, que le Planning veut unifier. L’association du Loiret a été bannie… pour avoir, entre autres, revendiqué de garder le terme « laïcité ». « C’est une suppression idéologique et politique », dénonce Monique Lemoine.

En 2019, le Planning avait déjà voulu effacer de sa charte le mot « laïcité », mot qui avait finalement été plébiscité et conservé à l’issue du vote.

C’est donc par le biais des statuts des différentes associations locales que le Planning réitère. L’association du Loiret a adressé une lettre ouverte au Planning : « Nous dénonçons la gestion autoritaire du mouvement, peut-on lire. La laïcité que nous conservons dans nos statuts n’est en rien une arme antimusulmane comme, par manque de culture républicaine, on nous le reproche (sans penser aux autres religions). » L’association départementale du Val-de-Marne a été exclue quant à elle pour avoir voulu continuer à lutter « contre la société patriarcale »! Nous avons contacté les porte-parole du mouvement du Planning pour avoir plus de précisions, elles n’ont pas souhaité nous répondre…

Quelles conséquences sur l’avenir du mouvement?

Plusieurs militantes estiment que ce qui les rassemble est encore suffisamment fort, notamment la lutte pour l’IVG, qui a été réaffirmée lors du congrès. Monique Lemoine lance : « On a soixante années de lutte des femmes sur nos épaules, et on continue le combat. Il y a toujours eu plusieurs féminismes, ce qui compte, c’est de défendre les droits des femmes. »

Certaines militantes départementales évoquent toutefois un risque de scission et commenceraient à créer d’autres associations indépendantes du Planning. « Comment rester dans un mouvement dans lequel on ne se retrouve pas ? » s’émeut l’une d’entre elles.


Laure Daussy. Charlie hebdo. 16/11/2022


Une réflexion sur “Au Planning Familial…

  1. bernarddominik 19/11/2022 / 17:19

    Le planning familial est sur une pente glissante : suppression de la laïcité, acceptation du voile islamique, bientôt interdiction de l’alcool, puis de l’avortement, puis lapidation des femmes infidèles ?

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