Darmanin recrute des sans-papiers

Une carte de séjour pour les sans-papiers employés dans les secteurs qui manquent de main-d’oeuvre ?

L’annonce, signée Gérald Darmanin, a réjoui les entreprises concernées. N’est-ce pas, « un moyen de ne pas augmenter les salaires ? ».

Aujourd’hui, d’après une étude du ministère du Travail datant de septembre, 70 % des métiers (notamment le bâtiment, la santé et les transports) ont des difficultés à trouver du personnel. L’hôtellerie-restauration est largement en tête.

Selon un responsable de la Dares (le service d’études du ministère du Travail), ce secteur représente près des trois quarts des 360 000 emplois actuellement non pourvus dans l’économie. Et, parmi ceux qui travaillent, un nombre non négligeable – environ 1 salarié sur 5, selon certaines estimations – le font illégalement ou sous une fausse identité, bien qu’ils soient parfois déclarés à la Sécu.

Pour Annick Pinot, responsable de la fédération SUD Hôtellerie-Restauration, « les Français ne veulent pas faire de travaux pénibles pour des salaires dérisoires. Darmanin permet ainsi aux patrons de continuer à embaucher des immigrés dociles, bien obligés d’accepter des journées de douze heures, de travailler tard la nuit et le week-end, et des heures supplémentaires non payées ».

Ce que confirme Pascal Pedrak : « Si l’on veut que des Français acceptent de faire ces boulots, il faut augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail. »

Témoins à décharge

C’est ce qui s’est passé pour les éboueurs municipaux parisiens. «Auparavant; a expli­qué au « Canard » un responsable de la propreté à la Mairie, ils avaient des contrats précaires, à temps partiel et mal payés. Il n’y avait alors que des immigrés pour accepter ce boulot. Dans les an­nées 80, leur statut a été aligné sur celui de la fonction publique, exigeant la nationalité française ou celle d’un Etat de l’Union européenne. Pour les attirer, il a alors fallu amélio­rer salaires et conditions de travail. »

Tous les patrons n’ont, bien sûr, pas besoin de fixer de condition de nationalité. Dans ce cas particulier, les quelque 5 000 éboueurs publics travaillent 1 505 heures par an (pour les 35 heures, c’est 1 607 heures), dont il faut encore enlever 40 heures, notamment au titre des « sujétions ». A quoi s’ajoutent, selon la chambre régionale des comptes, une trentaine de jours de RTT. Et la retraite à 57 ans.

Sans compter la pratique (jamais reconnue officiellement) du « fini-parti » : une fois toutes les poubelles ramasse... les éboueurs rentrent chez eux, avant même l’heure normale de fin de service. Et tout ça pour 2 000 à 2 500 euros net par mois (y compris les primes), selon la Mairie.

Résultat : aujourd’hui, « nous recrutons par concours, et il y a régulièrement deux à trois fois plus de candidats que de postes », assure une responsable de la Mairie.

Avis de déchet pour les « métiers indésirables » ?


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 09/11/2022


Une réflexion sur “Darmanin recrute des sans-papiers

  1. bernarddominik 17/11/2022 / 08:51

    Ça ne me choque pas. Mais il faudrait faire un contrat de travail plus adapté aux étrangers: la cotisation de retraite serait capitalisée permettant le retour au pays avec un capital.

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