Au sujet du groupe de soins Avec !

Spécialisé dans la reprise d’entreprises de santé en difficulté, le patron cumule ardoises, procès et mécontentements.

Il avait bonne mine, l’entrepreneur Bernard Bensaid, lorsqu’il donnait des leçons, en plein scandale Orpea.

Dans « Les Echos » (11/2), il s’interrogeait notamment sur « un problème de fréquence et de coordination insuffisante des contrôles » des Ehpad. Un manque de contrôle dont il semble pourtant avoir bénéficié dans le groupe Avec, qu’il préside…

Réunissant 400 établissements, implantés partout en France, Avec gère des résidences de tourisme, des maisons de retraite, des cliniques et 300 services d’aide et de soins à domicile. Ce bel ensemble affichait un chiffre d’affaires de 600 millions d’euros en 2021. Mais il comptait aussi 20 millions de pertes. Et un grand nombre de mécontents parmi ses 12 000 salariés.

Depuis vingt ans, Bensaid, économiste de formation, reprend des entreprises en difficulté et taille dans le gras sans douceur. Est-ce pour cela que ses salariés s’enfuient ? Dans les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) de Thionville, par exemple, sur un effectif de 12 personnes, 10 aides-soignantes ont quitté le navire en un an…

Interrogé dans « Pièces à conviction » (France 5) en 2019 sur plusieurs cas de fuites similaires, Bensaid s’étonnait : certains employés lui dédient des chansons ! Les autres ? Des fainéants qui ne voulaient plus bosser.

Ou peut-être ne supportaient-ils pas certaines méthodes ?

  • Comme les retards de salaire, qui s’accumulent : jusqu’à seize jours dans l’Oise.
  • Ou les durées de trajet sous-évaluées. « Le patron nous a dit que, s’il payait les trajets réels, on s’arrêterait sur la route boire un coup », balance une salariée.
  • Un contrôle de l’Inspection du travail du 25 novembre 2021 à l’Association mosellane d’aide aux personnes âgées et handicapées (Amapa) de Meaux mentionnait un temps de travail « largement minoré par rapport à la réalité ».
  • Un autre, le 30 juin, aux SSIAD de Thionville, un « délit de travail dissimulé ».

Horaires et malédiction !

Les salariés sont aussi poussés à l’emploi partiel : au lieu de leur payer les heures sup, la boîte les place en congés forcés à la fin de l’année. Dans ce contexte, les recrues ne restent pas longtemps, et les soins sont à l’avenant.

Une employée s’en ouvre dans un courrier envoyé en juin à la direction et à l’agence régionale de santé (ARS) : « Les familles, compréhensives il y a deux mois, ne le sont plus aujourd’hui. Les shampoings ont du mal à être faits, les ongles ne sont plus coupés, et ne parlons pas des soins de bouche… »

Alors que l’ARS finance deux postes d’infirmière aux SSIAD de Thionville, le groupe n’en a pourvu qu’un seul pendant huit ans. A la suite de dénonciations à l’Inspection du travail, une deuxième soignante a finalement été recrutée fin août. Où est passé l’argent du premier poste ? « Nous répondrons au sein des instances [du personnel], et pas dans la presse », a rétorqué la direction au « Canard » !

Ces méthodes sont bien connues des élus qui ont vu débarquer Avec dans leur région. Christophe Ferrari, le président (divers-gauche) de la métropole de Grenoble, décrit « un système tentaculaire » et compare son président à Bernard Tapie !

Deux syndicats du Groupe hospitalier mutualiste de Grenoble, dirigé par Bernard Bensaid lui-même, ont déposé une plainte en justice (Franceinfo, 17/6) : la clinique devrait reverser chaque année 1 % de son chiffre d’affaires, soit 1,7 million d’euros, au groupe présidé par Bensaid Bernard.

Borne pose les limites

Mais ce dernier ne craint pas les tribunaux. Depuis 2017, il a engagé six procédures de licenciement contre une élue de l’Amapa. Toutes perdues ! De 2013 à 2019, il a versé plus de 1 million d’euros aux salariées l’ayant traîné devant les prud’hommes pour jours fériés et heures sup impayés. Il est aussi en conflit avec la mairie de Metz, qui a annulé, pour retards répétés, la construction par Avec « du plus bel Ehpad de France ».

Quant aux thermes de Plombières-les-Bains (Vosges), fermés depuis trois saisons, ils valent au PDG une assignation en redressement judiciaire à cause de nombreux impayés (plus de 1 million).

Le député (LIOT) des Vosges, Christophe Naegelen, a interpellé Elisabeth Borne, le 25 octobre, s’interrogeant sur les appuis politiques qui pourraient profiter à Avec (l’ex-ministre Yves Jégo en est le délégué général). « Il n’y a et il n’y aura aucune complaisance des pouvoirs publics vis-à-vis de ce groupe, quels que soient les soutiens imaginaires qu’il invoque », a réagi la Première ministre. Et d’affirmer que le ministère des Solidarités se penchait sur le dossier.

Les contrôles tant espérés par Bernard Bensaid pourraient bien avoir lieu !


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard enchaîné. 09/11/2022


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