Ministre à la ramasse

Il aurait pu, à l’instar de sa prédécesseure Annie Burlot-Bourdil, demeurer un illustre inconnu du gouvernement Borne, mais une bourde à l’Assemblée nationale, filmée en direct et relayée sur les réseaux sociaux, a inversé la vapeur.

En quelques minutes, Jean-Christophe Combe, ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, est devenu un mythe. C’est l’homme qui affirme que les assistantes maternelles gagnent trois smic, en moyenne par mois.

Tollé à gauche, malaise dans les rangs du gouvernement, mimique désespérée d’un collègue pour expliquer au ministre la réalité du salaire des assistantes maternelles : un tiers de smic par enfant gardé, soit trois gosses à bercer, cajoler, torcher pour avoir droit à quelque 1 300 €.

« Cette déclaration dans l’hémicycle était un grand moment », se moque Stéphane Fustec, responsable CGT service à la personne, qui rappelle que le statut des « assmat » est dérogatoire au droit du travail et dépend du Code de l’action sociale et des familles.

En France, environ 250 000 assistantes maternelles assurent la garde des gosses de 0 à 6 ans à leur domicile. « Elles permettent à près de 1 million de personnes de bosser tout en faisant garder leurs enfants et ont un rôle social important en palliant le manque de place en crèche clans un service public de la petite enfance qui n’est jamais une priorité des gouvernements », reprend Stéphane Fustec.

Spécificité du métier, elles dépendent de parents, qui sont leurs employeurs, mais aussi des finances publiques pour leur rémunération, puisque lesdits parents ne paient (en général) que 15 % des revenus de leur « assmat ».

Pour la gouverne du ministre, une assistante maternelle est payée au ras des pâquerettes : entre 3 et 4,70 euros de l’heure (le smic horaire est à 11,07 euros brut).

Perversité du système, si des parents veulent rémunérer leur « assmat » plus de 6 euros de l’heure, « ils perdent toute aide de l’État et doivent, en plus, payer les cotisations sociales. Autant dire qu’on touche là un plafond de verre », explique Véronique Delaitre, secrétaire générale du syndicat national FO.

La syndicaliste a vu rouge en entendant les propos du ministre.

Son post de la vidéo de Combe sur son Facebook pro, agrémenté d’un commentaire pas piqué des hannetons, lui vaut un appel d’un des conseillers du ministre. Il est alors question d’organiser une visioconférence pour évoquer les enjeux et perspectives de la profession. « Au début, c’était le vendredi 4 novembre, puis peut-être le mardi 8. Bref le cafouillage continue », s’énerve Véronique Delaitre.

Elle conclut : « Une chose est sûre, ce que veulent les assistantes maternelles, c’est la revalorisation de leur salaire. » Pas trop compliqué à comprendre, même pour un ministre qui n’y connaît rien.


Natacha Devanda. Charlie hebdo. 09/11/2022


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