Le pays où Ciotti serait social-démocrate…

… le Danemark

Il existe un moyen infaillible d’éliminer l’extrême droite, c’est d’appliquer son programme à sa place. Et c’est exactement ce que les élections législatives danoises du 1er novembre viennent de démontrer : le parti nationaliste xénophobe historique, le Parti populaire danois (DF), fondé en 1995, n’a recueilli que 2,5 % des voix, alors qu’il flirtait avec les 15 % dans les années 2000, pour atteindre son apogée en 2015, avec 21,1 %.

Celui qui fut le deuxième parti du pays est mort, et on le doit aux sociaux-démocrates, grands vainqueurs de ces législatives, avec le score le plus élevé depuis 2005 : un beau 27,5 %.

Bémol de taille : social-démocrate ne doit, dans ce cas précis, qu’être entouré de guillemets. La Première ministre plébiscitée, Mette Frederiksen, résumait ainsi son credo en 2019 : « Pour moi, il devient de plus en plus clair que le prix de la globalisation dérégulée, de l’immigration de masse et de la libre circulation des travailleurs est payé par les classes populaires ».

On pourrait la suivre sur le premier et le deuxième point si elle appartenait à une gauche de transformation sociale. Or ce n’est nullement le cas puisque, avant même le scrutin, celle qui dirigeait un cabinet minoritaire comportant les Verts progressistes et les « Rouges-Verts » avait annoncé qu’elle chercherait à faire alliance avec le centre droit, en l’occurrence les très macroniens sociaux-libéraux ainsi que les Modérés. En clair, c’est un tournant à droite pour un parti qui demeure affilié aux socialistes européens.

La question identitaire et migratoire.

De 1998 à 2007, puis de 2015 à 2019, le DF a apporté son soutien parlementaire à tous les gouvernements, de gauche comme de droite, qui se sont succédé. Un soutien sans participation au gouvernement, accordé sous condition : le durcissement de la politique migratoire et d’asile.

Refus du regroupement familial pour les conjoints de moins de 24 ans originaires du même pays, saisie des effets personnels de valeur des migrants tentant d’entrer en 2015, peines aggravées pour les délits commis dans certains quartiers sensibles, toutes les exigences du DF ont été votées dans ce pays d’un peu moins de 6 millions d’habitants, où 14 % de la population est d’origine étrangère.

En clair, les portes du Danemark sont fermées et vont le rester. La « sociale-démocratie » identitaire, c’est-à- dire l’État providence accommodé de la priorité nationale, est ainsi inventée.

Le pays a payé son tribut à l’islamisme.

Les menaces de mort n’ont jamais cessé contre les journalistes du grand quotidien Jyllands-Posten, depuis qu’en 2005 ils ont publié les caricatures de Mahomet. En février 2015, lors d’un débat en hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie, des fusillades attribuées à al-Qaida ont coûté la vie au réalisateur Finn Norgaard, alors qu’Inna Shevchenko et l’ambassadeur de France, François Zimeray, étaient à la tribune.

Dans la même journée, le terroriste a abattu un gardien de la grande synagogue de Copenhague, déjà visée en 1985 par le Hezbollah. Curieux pays où le plus radical des groupes islamistes, le Hizb ut-Tahrir, est une organisation régulièrement vilipendée, mais légale, manifestant encore à Copenhague en septembre dernier contre le projet d’interdiction du hijab à l’école, proposé par les « sociaux-démocrates ».

Où comment une liberté d’expression absolue finit par laisser prospérer l’islam radical dans une population mal intégrée et punit, in fine, tous les étrangers, faute d’avoir mis le holà à temps aux menées de quelques-uns. On devrait ces prochains mois voir pas mal de délégations étrangères venir au Danemark pour apprendre la recette miracle de Mme Frederiksen.


Jean-Yves Camus Charlie hebdo. 09/11/2022


Une réflexion sur “Le pays où Ciotti serait social-démocrate…

  1. bernarddominik 14/11/2022 / 16:09

    Les sociaux démocrates ont compris que l’immigration se faisait au détriment des classes populaires. Et ils ont compris que même avec le CO2 le Danemark ne gonflerait pas ses surfaces arables. En France la gauche est restée avec l’idée qu’une bouteille de 1 litre pouvait en contenir 2.

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