Entretien avec Guillaume Meurice. 

Il est de ces voix qui ont émergé de l’audiovisuel public.

Guillaume Meurice, rigolo patenté à France Inter, fait rire et réfléchir le peuple de gauche. Quand il ne tend pas un micro goguenard aux réacs décomplexés, il filme, écrit et joue. […] Gentil, accessible et plein d’humour, le quadragénaire aux cheveux gris se livre sans détour sur ses livres, le service public audiovisuel, sa vision de la vie, son podcast.

  • Vous avez décidé cette année d’être moins présent sur l’antenne de France Inter. Est-ce par lassitude ou est-ce par envie de faire autre chose ?

J’avais besoin de temps, tout simplement, pour mener d’autres projets : des documentaires, des livres et des podcasts. Et puis ça fait quand même huit ans, depuis 2014, que je réalise mes micros-trottoirs presque tous les jours. J’ai donc eu envie de me libérer un peu. Et aussi de laisser ma place aux autres. Ne pas truster l’antenne plus que de raison a joué dans ma réflexion.

  • Jusqu’ici, vous meniez pourtant tous vos projets de films, de spectacles en parallèle. Quelle est la différence ?

J’en ai vraiment beaucoup ! Je suis sur un tournage de documentaire sur la vie des cétacés en captivité. Et un tournage, c’est toujours plus long que ce que l’on croit : il faut se rendre sur les lieux, mener des interviews, etc. Il y a toujours des retards, des imprévus. Je reprends aussi mon podcast sur Spotify (« Meurice recrute » – NDLR), où je compose mon gouvernement idéal. J’ai enregistré Brigitte Gothière, qui sera potentiellement ma ministre des animaux non humains, et Albert Moukheiber, un docteur en neurosciences, qui sera possiblement mon ministre de la réalité. Je ne me plains pas.

  • Votre podcast donne la parole à des personnalités …

Mon podcast est un peu l’antithèse de ce que je fais à France Inter. Je n’ai rien contre les gens que je rencontre dans la rue. Mais là, j’ai choisi des personnes dont le discours me plaît plutôt que d’aller chercher les contradictions et les discours problématiques de la société. Avec ce podcast, je suis plutôt en recherche de solutions. C’est hyperstimulant intellectuellement.

  • D’autant que les propos que vous ramenez de votre micro-trottoir dans « C’est encore nous » sont parfois un peu déprimants.

[…] Souvent, mes interlocuteurs ne pensent pas forcément ce qu’ils disent, ou ils répètent des choses entendues, sans pousser la réflexion jusqu’au bout. Je ressens plutôt de la compassion, pour nous humains, à les entendre. J’ai tendance à dire que je vais toujours chercher la connerie qui est à l’intérieur de nous. Nous tenons tous des discours que l’on répète sans les avoir remis en question. Dans tous les milieux, dans tous les domaines.

[…]

  • Dans le contexte lourd que vous décrivez, l’humour que vous dispensez n’est-il pas une respiration pour les citoyens de gauche ?

Je n’écoute pas trop les grands médias, donc je ne me rends pas bien compte de la place que j’occupe. Et sans fausse modestie, je ne pense pas que ce succès soit dû à la qualité de ce que je fais. Nous ne sommes pas nombreux à produire ce genre de contenu. Avant, il y avait les Guignols de l’info, de la presse, etc. C’est peut-être en ça que je ne suis pas un militant : je ne me considère pas comme quelqu’un d’influent, je n’ai d’ailleurs pas la volonté d’être influent ni la prétention d’avoir raison. Je donne mon avis et on en discute, de manière virulente ou pas.

  • Le tout dans un climat [politique] tendu…

[…] Je ne suis pas un optimiste béat, mais je me dis que le pouvoir fait tellement de la merde… Et les divisions à gauche ne sont pas un si gros problème : ce sont des humains, ils ont toujours fonctionné comme ça. Dans un même combat, certains sont plus ou moins radicaux. Il faut arrêter de lutter contre cette réalité, parce qu’on s’épuise. Toutes ces sensibilités à gauche se complètent, donc la différence n’est pas grave. […] On perd beaucoup de temps à critiquer les stratégies des autres.

  • Justement, la politique est un de vos terrains de jeu. Dans vos chroniques, mais aussi dans votre dernier spectacle.

La vie politique est facile à pasticher parce que la hiérarchie du pouvoir est ridicule : la promesse initiale du gugusse qui a toutes les réponses aux questions et aux problèmes des 67 millions d’autres, c’est à mon sens bête, drôle et déjà caricatural. Je pousse juste un petit peu le curseur avec tout ce qu’est le cirque politique des meetings, le clip de campagne, le drapeau bleu-blanc-rouge, le pupitre, le costard-cravate. Tout cela, c’est du théâtre, et même du mauvais théâtre. Comme ce n’est pas leur métier, ils le font mal, et j’avoue que c’est assez marrant de le caricaturer. […]

[…]

  • Comment voyez-vous la fin de la redevance et les menaces de financement sur l’audiovisuel public ?

Le libéralisme veut briser tout ce qui relève du service public. C’est classique. […] La stratégie est assez claire. Des gens me disent : « Ça ne change rien, puisque les impôts vont servir à financer. » Sauf que jusqu’ici il y avait une somme allouée à l’audiovisuel public tous les ans dans le budget. Là, ce sera une ligne dans le budget global de l’État. Dès lors, on peut te dire : « Désolés, mais on va devoir faire des économies. » C’est un premier coup de pioche dans l’édifice. À terme, leur idée est de tout privatiser. […]

[…]

  • Vous sortez un livre en février 2023, « Petit éloge de la médiocrité ». De quoi s’agit-il ?

Les éditions les Pérégrines demandent aux auteurs d’écrire de petits éloges sur un thème qui les inspire. Ils m’avaient soumis l’idée de « la mauvaise foi » au début. Mais c’est un peu limité. D’où l’idée de cet éloge de la médiocrité. Parce qu’on vit dans une société de la performance, où l’on est toujours en compétition les uns avec les autres. J’ai voulu prendre un contre-pied total, dire qu’on est tous nuls et que chacun fait comme il peut. Et que si nous ne réfléchissons pas en collectif, on ne s’en sortira pas.


Caroline Constant. Le quotidien L’Humanité. Source (Extraits)


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