Rapport sur les sectes.

Nouveau record de saisines de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

En effet, la structure a été saisie 4020 fois en 2021, soit une augmentation de 33,6% par rapport à 2020. Un «regain d’activité„ notamment lié à la crise sanitaire. Mais également à l’émergence de nouvelles tendances.


Les sectes « traditionnelles » ne déçoivent jamais, ainsi, 293 saisines concernent des mouvances chrétiennes, 99 impliquent les Témoins de Jéhovah, 33 l’Église de scientologie, 31 l’anthroposophie, selon le dernier rapport de la Miviludes, publié jeudi 3 novembre. Mais c’est surtout le pôle santé de la Miviludes qui a été saisi, avec 744 requêtes.

La Covid a clairement été un catalyseur pour les mouvances sectaires, selon ce rapport, qui porte sur l’année 2021. « Il est […] indéniable que la crise engendrée par la Covid-19 a déstabilisé de nombreuses personnes en perte de repères dans une société complexe, interconnectée où l’information côtoie la désinformation », peut-on y lire.

Ces saisines du pôle santé visent des dérives thérapeutiques, des pratiques de soins non conventionnelles, comme la naturopathie, ou encore la « médecine nouvelle germanique », invention du Dr Hamer. Ce médecin estime que les cancers seraient dus à un choc psychologique. Ses patients doivent refuser tous les traitements conventionnels, considérés comme des obstacles à la guérison, qui doit provenir du patient lui-même et de sa propre volonté.

Le rapport évoque aussi les dangers liés aux régimes tels que le crudivorisme ou le « respirianisme », qui considère que l’on peut se nourrir uniquement d’air et de lumière. Cette pratique aurait été responsable de sept décès dans le monde à ce jour.

Dans la même veine, la Miviludes dénonce des gourous comme Thierry Casasnovas, qui cumule 54 saisines à lui tout seul. Le rapport pointe aussi 173 saisines concernant des dérives liées au développement personnel et au coaching ; 159 autour du chamanisme ;116 relatives à la méditation et au yoga.

La Miviludes alerte en particulier sur les abus du « féminin sacré », dont nous vous parlions dans ce journal.Une théorie « en pleine expansion et [qui] trouve un véritable succès sous couvert de l’émancipation des femmes, alors même que l’objectif premier semble être purement financier », dénonce la mission.

De pseudo-spécialistes proposent, pour des sommes astronomiques des stages autour du karma, des énergies quantiques et de bénédictions de l’utérus – lors de notre précédente enquête, nous avions trouvé des stages à 2 000 euros pour deux jours. S’il fallait le rappeler, le rapport précise que toutes ces théories ne font l’objet d’aucun consensus scientifique. Elles reposent principalement sur la culpabilisation des femmes. Certaines prêtresses du « féminin sacré » expliquent par exemple que si une femme a des règles douloureuses, c’est qu’elle n’est pas « en accord avec sa nature profonde de femme ».

Les hommes ne sont pas en reste : des groupes masculinistes qui virent à la dérive sectaire ont également fait l’objet de saisines, comme le Mankind Project (MKP), qui propose des week-ends en forêt avec des participants nus, soumis à des intimidations et de l’épuisement.

La Miviludes constate désormais des phénomènes sectaires « à l’état gazeux » « Le groupe est bien là, mais il est mobile, changeant et impalpable. Ses membres y adhèrent ou se désoli­darisent facilement en créant d’autres groupes, selon la lecture qu’ils font du contenu doctrinal. Certains pourront alors sans mal l’essaimer à l’identique ou avec des variantes ».

Par ailleurs, les réseaux sociaux continuent de jouer un «rôle central dans l’atomisation du phénomène sectaire en constituant un vecteur de propagation pour un ensemble diffus de microgroupes, de nébuleuses informes de personnes, plus ou moins liées autour de méthodes et de doctrines qui ne se rencontrent qu’épisodiquement, voire parfois ne se connaissent pas ».

Le rapport propose aussi une réflexion intéressante sur les liens entre complotisme et phénomènes sectaires. L’adhésion aux thèses complotistes ne relève pas forcément de la dérive sectaire, la Miviludes n’est donc pas compétente pour valider ou certifier ces croyances. « Ce sont donc uniquement les conséquences préjudiciables sur les individus que ces croyances peuvent engendrer qui sont seules répréhensibles et sanctionnables en droit, et sur lesquelles la Miviludes a autorité pour révéler leur dangerosité. »

Ainsi, « il existe de nombreux groupes sectaires qui s’appuient sur des théories du complot pour exercer leur emprise. La frontière entre dérive sectaire et complotisme est donc ténue et il apparaît parfois difficile de distinguer ces deux mouvances pour des personnes non aguerries », explique le rapport.

Au total, 148 saisines concernant le complotisme et les antivax ont été enregistrées. Rappelons que la Miviludes se base sur les saisines qui lui sont adressées, il s’agit donc uniquement de la « partie émergée de l’iceberg », comme le souligne Sonia Backès, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, chargée de la Citoyenneté, qui pilote la Miviludes.


Laure Daussy. Charlie hebdo. 09/11/2022


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