EDF a joué avec le feu dans une centrale nucléaire

L’électricien a torturé les chiffres pour faire redémarrer un réacteur aux tuyaux très fissurés. L’Autorité de sûreté nucléaire y a mis son veto…

Empêtré dans ses histoires de tuyaux corrodés, EDF prévoyait malgré tout de faire tourner, durant l’hiver qui vient, l’un de ses réacteurs endommagés. En utilisant une « étude » quelque peu complaisante. Pas de bol, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) y a mis son veto et a obligé l’électricien à engager des travaux de réparation avant toute relance de la production.

Dessin d’Aurel – Le Canard Enchaîné. 09/11/2022

L’histoire commence au début de cet automne dans la centrale de Cattenom (Moselle). Le réacteur n° 1, d’une puissance de 1 300 mégawatts, est à l’arrêt pour maintenance. EDF procède, comme il s’y est engagé, à un contrôle des canalisations de secours en utilisant une toute nouvelle technologie (fierté de la maison) fondée sur les ultrasons. Bingo !

Des fissures allant jusqu’à 6,1 mm de profondeur sont détectées sur plusieurs soudures. Le phénomène de la corrosion sous contrainte a encore frappé. Il y a là de quoi fragiliser les tuyauteries et mettre à mal la sécurité de l’engin…

Le mur de L’ultrason

L’oeil rivé sur le compteur de sa production de mégawattheures, l’entreprise publique rechigne à stopper un réacteur de plus, la moitié de son parc étant déjà à l’arrêt. Avec un peu de chance, ces tuyaux déglingués pourraient bien tenir encore un peu !

Mobilisés pour l’occasion, les ingénieurs maison rédigent rapidement un rapport technique des plus rassurants : au terme de savants calculs reposant sur les résultants des ultrasons, ils estiment que les soudures fragiles devraient pouvoir tenir de huit à douze mois, au minimum. De quoi passer l’hiver sans souci…

Las ! les experts de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, bras scientifique de l’ASN), qui vérifient ces calculs, en font du petit-bois dans leur avis daté du 26 octobre.

  • Et d’un, ils jugent que la méthode de détection des fissures fondée sur les ultrasons est, certes, prometteuse mais qu’elle n’a pas encore été « qualifiée » et ne « présente pas les garanties » voulues.
  • Et de deux, ils constatent qu’EDF ne s’est pas donné la peine d’expertiser toutes les soudures suspectes et que d’autres fragilités ont pu passer inaperçues.
  • Conclusion de ces empêcheurs d’irradier en rond : plusieurs « calculs réalisés par EDF ne sont pas recevables » et « la démonstration d’absence de risque de rupture (…) n’est pas acquise ». Quelques jours plus tard, l’Autorité de sûreté nucléaire rend son verdict.

Comme l’a prescrit l’IRSN, elle ordonne que les soudures les plus fragiles soient réparées avant le redémarrage du réacteur, qui se trouve de fait reporté du 17 novembre au 26 février 2023. Cattenom 1 se retrouve, du coup (avec Penly 2 et Cattenom 3) dans un lot supplémentaire de réacteurs en panne.

Ces nouvelles mises à l’arrêt prolongées réduisent encore la production d’électricité nucléaire : pour 2022, EDF ne table plus que sur 280 térawattheures, contre 361 l’an passé. Une baisse de 22 %…

Ministres débridés

Pour faire face à la demande sans trop multiplier les coupures de courant, le gouvernement en est réduit à tirer ses dernières cartouches. La suppression d’une taxe sur la production hydroélectrique pourrait ainsi inciter les propriétaires de barrages hydrauliques à faire tourner leurs turbines un chouia de plus. Du moins, tant qu’il y a de l’eau…

Par ailleurs, les éoliennes terrestres seront débridées pour produire entre 5 et 10 % de courant supplémentaire.

Qu’est-ce à dire ? Le bridage, qui limite la vitesse de rotation des pales, a été imposé par la loi afin de limiter les nuisances sonores pour les riverains. Il est aussi activé à certaines heures et à certaines périodes de l’année pour éviter à de nombreux oiseaux et chauves-souris de se voir transformer en chair à pâté.

Les volatiles peuvent désormais numéroter leurs abattis, et les habitants se boucher les oreilles…


Hervé Liffran. Le Canard Enchaîné. 09/11/2022


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