Ces EPR “macronesques”

Un débat sur l’énergie bien corrodé

La décision de Macron de construire 14 EPR2 (dits « de nouvelle génération ») fait l’objet d’un grand débat public organisé par une commission indépendante.

Lancée avec tambours et trompettes le 27 octobre 2022, cette consultation (obligatoire pour des projets d’une telle importance) est censée durer quatre mois. Et son utilité s’annonce à peu près nulle…

Le feu vert définitif pour les EPR2 dépend, en principe, d’une loi qui doit être votée à l’issue du débat. Personne ne doute qu’elle sera adoptée : entre les macronistes, LR, le RN, le PC et une partie du PS, les pronucléaires disposent déjà, à l’Assemblée, d’une large majorité. Le gouvernement et EDF en sont si sûrs qu’ils ont déjà tout organisé pour que le chantier des 6 premiers EPR2 soit lancé dès l’été prochain.

Destiné à accélérer la construction des réacteurs, un projet de loi complémentaire a même été bouclé avant que ne débute le débat sur leur nécessité. Il définit une législation d’exception : les futurs EPR seront dispensés de la plupart des formalités d’urbanisme, ils pourront déroger aux lois sur les espèces protégées et les recours en justice des opposants deviendront quasi impossibles ! Michel Badré, le haut fonctionnaire présidant le débat public, a évidemment apprécié : « Je ne sais pas très bien pourquoi le gouvernement a publié ce texte… » a-t-il grincé dans « Le Monde » (26/10).

Enceinte, mais pas trop

La mise en service des premiers EPR2 devant être échelonnée de 2035 à 2050, une telle précipitation paraît assez saugrenue. De nombreux experts tiquent également en constatant que l’aventure des EPR frôle (pour l’instant) le fiasco industriel : la centrale de Flamanville n’a toujours pas démarré, le réacteur finlandais a dû être arrêté pour des soucis de turbine et les deux exemplaires chinois ont le cœur (nucléaire) fragile.

Autre entorse aux principes de sécurité atomique : aucun prototype n’est prévu pour tester la fiabilité des EPR2. Cette vérification serait d’autant plus bienvenue qu’il s’agira d’un modèle d’EPR « simplifié » : la double enceinte de protection bétonnée autour du cœur sera supprimée, et les dispositifs chargés de récupérer le corium (le magma formé par le cœur en fusion en cas de catastrophe nucléaire) seront moins performants.

Le tout pour un modique prix unitaire prévu à 8,5 milliards d’euros.

Gestion des déchets et coût de démantèlement non compris…


Hervé Liffran le Canard enchaîné. 02/11/2022


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