Au nom de…

… oui-non, à l’accès à un « trésor » trop énergivore !

Un jardin non essentiel

C’est un trésor qui se laisse admirer pour qui veut bien franchir le périphérique de Lille Sud.

Planté au coeur du Jardin des plantes, dans les quartiers populaires de la ville, un monumental cube de verre et de béton abrite une serre unique en France, conçue en 1970 dans le plus pur style brutaliste par l’architecte Jean-Pierre Secq.

Durant cinquante ans s’y est épanouie une collection botanique en forme de jungle luxuriante, la seule du genre que compte la région des Hauts-de-France. Mais le 9 octobre 2022, la mairie de Lille a décidé de clore sa si singulière histoire : la serre équatoriale est devenue le premier établissement culturel public à fermer en France, au nom de la sobriété.

Quelques jours plus tard, les déplantations de l’immense monstera, du bananier géant, des ficus de 12 mètres et de leurs deux mille voisins ont débuté. « Le bâtiment est l’un des plus énergivores de la ville — 1,4% de sa consommation énergétique — et nécessite une rénovation urgente, explique Stanislas Dendievel, adjoint au maire chargé de l’urbanisme.

Inadapté à une telle humidité et température, il a été conçu comme une serre d’exposition, mais pas équatoriale. On veut lui donner une deuxième vie. En attendant les expertises, le gros de la collection devrait être accueilli par les différentes serres du Jardin des plantes. »

La décision, annoncée par Martine Aubry dans le cadre de son plan de sobriété, a déclenché un tollé, dont une pétition signée en quelques jours par près de sept mille personnes.

« C’est un musée qui ferme, un lieu d’éducation et d’émerveillement, qui plus est consacré à la biodiversité! » s’insurge Pierre Semai, maître de conférences à l’École d’architecture et de paysage de Lille et président de l’association des Amis du Jardin des plantes. Alors que de nombreuses serres françaises datent de la fin du XIXe siècle, avec des structures Eiffel, celle-ci témoigne d’un autre pan de notre histoire: construite dans les Trente Glorieuses par une municipalité socialiste qui voulait donner accès, aux populations ouvrières, à la culture scientifique naturaliste et à une nature « exotique », autrement inatteignable.

« Beaucoup d’habitants y sont très attachés, insiste Pierre Semai, et c’est le seul équipement culturel de valeur dans ces quartiers populaires! Fermer le palais des Beaux-Arts, dans le centre-ville, lui aussi énergivore, serait inimaginable. Mais pas une serre en périphérie, qui avait l’air fermée même quand elle était ouverte (un dimanche sur deux les semaines paires), jamais rénovée, ce qui explique son état de dégradation. »

Pourtant, est-il raisonnable d’entretenir une serre tropicale en pleine crise énergétique, à l’heure du bouleversement climatique?

« Jamais cette question n’a été débattue ni votée, la mesure a été présentée comme technique, déplore Nathalie Sedou, conseillère municipale et métropolitaine (groupe Lille verte). Nous avons demandé, en vain, l’accès aux expertises, aux données de consommation, de même qu’une concertation pour évaluer les différentes options. Bien sûr que cette serre demande des mesures, mais une politique de sobriété devrait permettre de délibérer ensemble, pour distinguer l’accessoire de l’essentiel.»

Qu’est-ce qui est utile? Qu’est-ce qu’on sacrifie?

« Et qui a droit au beau? La collection n’aurait pas grande valeur car elle ne contient pas d’espèces rares, selon la mairie. Plus le droit donc d’oublier le périph, plus le droit pour les gosses du quartier ou des écoles de se laisser happer par le vert et de s’émerveiller… »

Les Lillois auront, en revanche, droit à une opération « Adopte une plante », pour récupérer les centaines de pots d’une dizaine d’espèces. En attendant la constitution, promet Stanislas Dendievel, d’un « comité scientifique pour statuer sur l’avenir de la serre »

Lille est la seule mairie de gauche où les écologistes sont dans l’opposition.


Texte de la rédaction, non signé. Télérama. N°3800 – du 09/11/2022


Note : Évidemment, sans entretient tous « musées  » se dégradent… L’article ne s’inscrit-il pas en pourfendeur de règlement politique ? Est-il objectif ? Est oublié, entre autres, le nombre de fréquentations, l’intérêt pédagogique, si entretien-réparation, la date de réouverture et pour qu’elle sorte d’exposition… MC


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