Du photovoltaïque partout !

Le soleil a rendez-vous avec la thune

Monuments historiques et sites classés pourraient bien pâtir de la nouvelle loi censée accélérer la production d’énergies renouvelables. Discuté ces jours-ci au Sénat, le texte présenté par le gouvernement a été enrichi en com­mission d’un amendement macroniste qui prive les architectes des Bâtiments de France (ABF) de tout droit de veto.

Si cet additif est définitivement adopté, les projets de champs photovoltaïques visibles dans un paysage classé n’auront plus besoin de leur avis conforme : celui-ci deviendra purement consultatif, et les pouvoirs publics pourront s’asseoir dessus.

Cet amendement apparaît d’autant plus lunaire que les sites protégés ne couvrent que 5 % du territoire national. De plus, les ABF assurent qu’ils ne sont pas des censeurs impitoyables : ils ne refusent qu’environ 12 % des projets — un taux qui chute à moins de 1 % après discussion et modification des plans.

Béton sous le tapis

La future loi taille par ailleurs des croupières au principe, voté l’an passé, de stopper l’artificialisation des sols d’ici à 2050. Les installations de raccordement au sol des éoliennes en mer vont être exemptées de cette obligation. Étant donné qu’un seul transformateur électrique peut couvrir jusqu’à 10 ha, la mesure est loin d’être anecdotique…

Les éoliennes terrestres avaient déjà été exclues du principe de « zéro artificialisation ». Les champs photovoltaïques itou : il suffit que des cultures ou des herbages subsistent sous les panneaux solaires, et le tour est joué !

Les industriels se sont engouffrés dans la brèche. À Saint-Cirq-Lapopie (Lot), labellisé « plus beau village de France », les touristes risquent d’admirer bientôt les 44 000 panneaux du parc « agrivoltaïque » prévu par TotalEnergies dans un village voisin (« La Dépêche », 20/10).

La production de cette électricité « propre » va entraîner la disparition de 20 ha de chênes au cœur du parc naturel régional des Causses du Quercy. Malgré l’opposition du parc et de nombreux habitants, le géant du pétrole persiste et signe. Pour amadouer la population, il propose aux paysans d’envoyer paître leurs ovins sous les panneaux afin d’assurer l’« entretien de la végétation ».

Total prendrait presque les éleveurs pour des moutons…

Pas moins de 340 projets sont aujourd’hui développés dans l’Hexagone, souvent dans des coins superbes, comme à Ongles et à Cruis, dans les Alpes-de-Haute-Provence avec la coupe de milliers d’arbres à la clé. Une simple mise en bouche ?

L’association France Agrivoltaïsme évalue son potentiel solaire à 120 000 ha d’ici à 2050…

Les jeunes agriculteurs font les frais de cette course au capitalisme vert car les exploitants âgés sont souvent tentés, pour assurer leur retraite, de louer leurs terres aux industriels plutôt que de les vendre aux jeunots qui souhaitent s’installer.

Résultat : le prix du foncier agricole s’emballe dans des zones déjà sous tension. A tel point que le syndicat des Jeunes Agriculteurs, pourtant proche de la FNSEA, vient de rejoindre la croisade contre les dérives de l’agrivoltaïsme, menée par la très à gauche Confédération paysanne.

Ils sont trop survoltés pour mettre les doigts dans la prise…


Article signé des initiales J. C. Le Canard enchaîné. 02/11/2022


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