Souveraineté, j’écris ton non

C’est la grande annonce de la semaine passée : la France va rouvrir des mines, en l’occurrence de lithium, pour nous permettre de faire rouler les tanks de 1,5 tonne qui déplacent nos petites personnes fragiles.

En termes d’imaginaire, en cinq ans, Emmanuel Macron est passé de la Silicon Valley à Germinal. Gloups !

Mais il y a un autre imaginaire, bien plus profond, auquel Emmanuel Macron est contraint de renoncer. C’est celui du libre-échange. Dans un long entretien accordé à nos excellents collègues de la presse capitaliste, le 16 octobre 2022, à la veille du Mondial des monstres à roulettes, le président a déclaré vouloir créer en France une filière automobile « 100 % circulaire et souveraine (1) ».

La voiture électrique devra représenter 100 % des véhicules produits en 2035. Et le camarade Macron de nous refaire le coup d’une « véritable planification écologique et industrielle ». Ce qui, si les mots avaient un sens, nécessiterait des contraintes, des prix fixés, des quantités déterminées à l’avance, et surtout une « verticalité » de la vie économique, où c’est l’État qui décide, et les entreprises qui obéissent. Or je pense que vous l’avez noté, il y a longtemps que c’est l’inverse.

Le virage électrique pose deux problèmes insurmontables. Un : elles sont beaucoup trop chères, ces caisses. Résultat : l’État est une nouvelle fois obligé de mettre la main à la poche. On parle d’un bonus écologique de 6000 à 7000 euros, auquel pas moins de la moitié des ménages de France seraient éligibles.

A-t-on déjà vu un bien de consommation aussi lourdement subventionné avec notre argent?

Deux : la France est très en retard.

Les voitures chinoises sont moins chères, et meilleures. Cet argent va donc être utilisé pour acheter des bolides produits par la plus grande dictature de la planète, qui ne fait pas mystère de sa volonté de prendre sa revanche sur l’Occident, lui qui a eu la très mauvaise idée de l’humilier, avec les traités inégaux du XIXe siècle, horreurs que je vous laisse découvrir. Comme le demandent au président les journalistes insoumis des Échos : « Tout ça pour que les gens achètent ensuite des voitures électriques chinoises?»

Réponse : ben, euh.

Même chose avec le « leasing de voitures électriques à 100 euros par mois », destiné aux pauvres.

Question des collègues : « Avec une condition de production made in France ?»

Réponse : « Il faut calibrer la mesure de telle manière qu’elle la favorise le plus possible. En France ou en Europe. » Traduction : non.

La seule solution, ce serait de mettre une clause d’achat national, comme l’a fait Biden aux États-Unis. Emmanuel Macron le dit lui-même : « Les Américains achètent américain et mènent une stratégie très offensive d’aide d’État. Les Chinois ferment leur marché. [ ]. Je défends fortement une préférence européenne sur ce volet et un soutien fort à la filière automobile. Il faut l’assumer et cela doit advenir le plus vite possible. »

Mais jamais l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas, qui, eux, gagnent de l’argent avec leurs exportations et ont donc besoin que leurs marchés restent ouverts, n’accepteront cette « préférence européenne ».

D’autre part, qu’est-ce que cela peut bien leur faire, aux chômeurs français, que leur nouvelle voiture à électrons soit produite en Roumanie ou en Pologne plutôt qu’en Asie?

Pour terminer, on peut rire avec cette cocasse proposition de Carlos Tavares, patron souverainiste de Peugeot et Citroën, selon laquelle «il faudrait fixer des droits d’importation sur les véhicules chinois jusqu’en 2035 car ils ont dix ans d’avance sur nous(2)».

Emmanuel et Carlos sont perdus, et nous avec.


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 02/11/2022


  1. «Emmanuel Macron : « Il faut une politique massive pour réindustrialiser l’Europe »» (Les Échos, 16 octobre 2022).
  2. « Interview Carlos Tavares, CEO de Stellantis (ex-PSA & Fiat) : « Les politiques n’écoutent pas l’industrie auto »» (20 minutes, 22 octobre 2022).

Une réflexion sur “Souveraineté, j’écris ton non

  1. bernarddominik 22/11/2022 / 19:04

    Tous les vendeurs de voiture le disent: l’électrique avec batterie n’a aucun avenir. D’ailleurs la plupart de mes amis qui ont acheté un véhicule électrique cherchent à le revendre. L’avenir c’est l’hydrogène.

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