Péril jaune ?

Que la Chine soit un pays totalitaire n’est pas une nouveauté.

Jusqu’ici, tout le monde était avec quelques nuances de-ci de-la, d’accord pour s’en accommoder.

On ne va quand même pas se fâcher avec l’« atelier de la planète », ses entreprises d’État investisseuses tous azimuts et son marché de 1 milliard et demi de consommateurs potentiels. Après la rétrocession de Hongkong, beaucoup espéraient que la démocratie finirait par contaminer la dictature. On a vu que c’est l’inverse qui s’est produit. Désormais, l’optimisme béat de ceux qui pensent que le libre-échange adoucit les moeurs des despotes n’est plus d’actualité. On sait que Xi Jinping va assumer pleinement le rôle qu’il s’est attribué.

Ce n’est pas seulement inquiétant pour les Chinois ou les pays proches de la Chine. On a appris cette semaine que Pékin disposait, au nez et à la barbe des autorités locales, d’officines de police spéciale installées dans une vingtaine de pays, dont la France, pour s’occuper des dissidents . L’épisode du passage à tabac d’un manifestant anti-Pékin, le 16 octobre dernier, par des personnels du consulat de Chine à Manchester, en Grande-Bretagne, est emblématique. annonce sans aucune espèce d’ambiguïté que la Chine ne prendra de gants ni sur son territoire ni ailleurs pour préserver ses intérêts. Lesquels sont, comme l’a martelé Xi Jinping lors de son discours au XXe congrès, tout entiers tournés vers « la sécurité nationale », définie comme « le fondement du renouveau de la nation ».

Il n’est donc pas inutile de rappeler jusqu’où s’étendent les « intérêts » chinois.

Fin 2019, soit juste avant que la pandémie de Covid ne contraigne Pékin à fouetter d’autres chats, plus de 27 500 entreprises chinoises avaient investi dans 188 pays – pour mémoire, l’ONU en compte 197.

Le but : acquérir, copier ou mettre à niveau des technologies de pointe, s’implanter sur des marchés locaux, se rendre économiquement indispensable. Partout, en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique latine, la Chine achète des terres par milliers de kilomètres carrés et des infrastructures stratégiques.

En Europe, l’armateur d’État chinois Coscopossède déjà 67% du port du Pirée (Grèce), 90% du port de Zeebrugge (Belgique), 35% du port de Rotterdam (Pays-Bas), 20% du port d’Anvers (Belgique), et le chancelier Olaf Scholz s’apprête à lui céder 25 % du port de Hambourg.

Heureusement, pas de ça chez nous : à Dunkerque, au Havre et à Marseille, c’est la China Communications Construction Company qui s’est implantée… Quant aux terres rares, indispensables à nos chères « nouvelles technologies », la Chine en contrôle déjà 60% de la production. Le plus drôle, c’est que beaucoup continuent à la classer dans Les « pays émergents».

On a longtemps, trop Longtemps, fait semblant de croire que la Chine n’avait plus d’idéologie et ne faisait plus de politique. Que seul son développement économique l’intéressait. On s’aperçoit aujourd’hui que ce n’est pas tout à fait le cas.

C’est ennuyeux. Car on risque de s’apercevoir aussi que s’opposer à la dictature chinoise, c’est un peu s’opposer à soi-même… Et on parie que Xi Jinping, lui, le sait déjà.


Gérard Biard. Charlie hebdo. (Extraits) 02/11/2022


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