L’eau doit être partagée

L’enjeu vital des conditions de gestion de l’eau mérite bien mieux que les saillies irresponsables du ministre de l’intérieur traitant les opposants à la construction de méga-réserves artificielles d’eau « d’éco-terroristes ».

Quelle bassesse politique. Quelle indécence vis-à-vis de la mémoire des victimes du terrorisme. La violence choisie par une infime minorité de manifestants samedi dernier à Saintes Soline dans le département des Deux Sèvres ; ne constitue pas non plus le chemin d’une large adhésion à une cause désormais défendue par de nombreux chercheurs.

Une partie d’entre eux a lancé, il y a plusieurs mois, un cri d’alarme en ces termes : « les méga bassines ne profitent qu’à une petite minorité d’irrigants qui vont continuer à s’agrandir pendant que leurs voisins disparaîtront. Elles ne visent qu’à maintenir en sursis, face au changement climatique, un type de productions intrinsèquement dépendantes des intrants chimiques qui stérilisent les sols, font disparaître la faune et la flore, polluent les milieux aquatiques et l’eau du robinet ». Pourquoi ne pas écouter ces cris d’alarme en haut lieu.

C’est pour la défense d’un bien vital pour tout le vivant, au même titre que l’oxygène, que s’est mobilisé la masse des manifestants. Ce bien doit-il être commun ou être privatisé au profit de quelques-uns pour un modèle agricole qui épuise les sols et les ressources en eau, spolie les paysans et nous mène tous dans l’impasse ?

Dès lors que ces « méga-bassines » – occupant 16 hectares chacune – sont alimentées en pompant la nappe phréatique, il s’agit bien d’un accaparement, d’une privatisation de l’eau, alors que la majorité des paysans du département des Deux-Sèvres n’a pas accès à l’eau.

Cette stratégie n’est qu’une fuite en avant alors qu’il devient urgent de débattre et de légiférer sur une gestion collective de l’eau au bénéfice de la vie et des milieux naturels.

Comment les nappes phréatiques peuvent-elles se reconstituer par un automne de sécheresse tel que nous le connaissons ? Le prélèvement dans les nappes au profit de ces gigantesques bassines sera de toute façon supérieur à la capacité de recharge durant toute sécheresse longue ou pluriannuelle comme on peut le craindre. Pour combattre les sécheresses, il n’y a pas d’autres solutions que de réduire les émissions des gaz à effet de serre.

Pour faire face dans l’immédiat aux sécheresses, même s’il faut améliorer les stockages naturels en cessant d’assécher les bassins naturels, il est urgent de mettre fin à l’artificialisation des sols, de travailler à une amélioration de la qualité des sols grâce à une réorientation de la production agricole vers l’agro-écologie et de préserver les zones humides.

Mobiliser sans cesse la ressource pour prétendument s’adapter aux modifications climatiques en cours et à la diminution structurelle de l’eau n’est pas tenable. Le remède aggrave le risque qu’il prétend combattre au seul service d’une agriculture intensive et industrialisée dans lequel les paysans deviennent esclave d’un productivisme sans fin. C’est d’une transformation en profondeur des usages et des pratiques agricoles et industrielles dont nous avons besoin. Un plan national d’adaptation des usages de l’eau est indispensable. Il doit être discuté avec tous les intéressés, tout comme la nécessaire bifurcation de la production agricole incluant une rémunération correcte du travail paysan et assurant une sécurité alimentaire de qualité pour toutes et tous. Bien loin des coups de menton du ministre du parti de l’ordre !


Revue « La Terre » – Source (Extrait)


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