Le mouchard est dans la pantoufle

Comment empêcher une personne âgée qui perd un peu-beaucoup la mémoire de « s’enfuir » d’une maison de retraite ?

En lui collant un bip dans les pantoufles !

C’est ce qu’a proposé, le 3 octobre, la directrice adjointe de l’Ehpad Paul-Louis-Weiller, dans le village d’Arès, en bordure du bassin d’Arcachon (Gironde). Quelques jours avant, un résident s’était fait la belle sans rien dire. « On l’a retrouvé dans le centre-ville, il marchait le dos courbé, les mains croisées à la Victor Hugo », décrit Xavier Daney, le maire d’Arès.

Résultat : tous les pensionnaires de cette maison de retraite, qu’ils soient atteints de la maladie d’Alzheimer (une dizaine sur 80 résidents) ou pas, vont se retrouver avec une puce collée à la semelle. Dès qu’ils s’aviseront de franchir l’un des deux portails d’entrée, hop ! une alarme se déclenchera sur les téléphones du personnel. Coût du flicage : 21 832,28 euros TTC.

Et Amélie Le Goff, directrice adjointe, d’expliquer : « Ce n’est pas encore finalisé, mais c’est effectivement prévu. C’est un système reconnu, qui ne se voit pas et qui est moins discriminant que les autres dispositifs anti-fugue. »

Eh oui, depuis quelques années, le business des gadgets pour surveiller les vieux a le vent en poupe ! Les boîtes rivalisent d’ingéniosité pour vendre téléphones portables, montres, ceintures, colliers, médaillons équipés soit d’un traceur GPS pour géolocaliser les baladeurs, soit de puces RFID qui déclenchent des alarmes (et parfois même des caméras) dès qu’un épris de liberté passe la porte de sortie sans autorisation.

Certains de ces dispositifs sont munis d’un procédé anti-arrachage, d’autres d’un système de communication vocale  intégré qui permet de parler directement au fugitif ou de s’adresser aux personnes autour de lui. Quant aux pantoufles, le système est en vogue depuis début 2019 dans des cliniques et des maisons de retraite à Rennes, à Quimper et à Nantes.

Génial ? Pas pour la Cnil, qui pointe le « danger de la substitution de réponses technologiques aux comportements humains de vigilance », alors même que « les personnes vulnérables sont placées précisément dans ces établissements pour bénéficier d’un accompagnement humain en permanence ».

La commission aimerait bien, par exemple, qu’avant de dégainer leurs joujoux les directions des maisons de retraite recueillent l’« accord de la personne concernée ou celui de ses représentants légaux ». D’ailleurs, à l’Ehpad Paul-Louis-Weiller d’Arès, les résidents et leurs proches, ils en pensent quoi, des pantoufles piégées ? « Nous n’avons eu aucun retour des familles », assure la directrice adjointe. Ont-elles été mises au courant ?« Le compte rendu du conseil de la vie sociale qui traite de ce sujet est envoyé aux représentants des familles et af­fiché dans l’Ehpad. » Et les résidents ?« On ne les a pas encore prévenus. »

Peur d’une grève des pantoufles ?


Professeur Canardeau. Le Canard Enchaîné. 02/11/2022


2 réflexions sur “Le mouchard est dans la pantoufle

    • Libres jugements 08/11/2022 / 10:03

      Madame est malicieuse ou habituée à trouver des astuces pour ne pas etre signalée par l’  » organisation « . Rebelle la madame
      Taquin, je suis et il est maintenant bien tard pour changer…
      Bonne journée Christine et vive l’humour…
      Amitiés
      Michel

Laisser un commentaire