Nos savants à la recherche de l’argent perdu

« A patrie de l’innovation, de la recherche, du futur, ce sera la France ! » promettait non sans emphase le candidat Emmanuel Macron, le 28 février 2017, lors de sa première campagne présidentielle.

Plus de cinq ans ont passé, et le rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese) publié le 13 octobre dépeint plutôt une patrie en danger.

L’« effort de recherche » français (le pourcentage du PIB correspondant aux dépenses publiques et privées dans ce domaine) oscille entre 2 % et 2,25 % depuis 1990, avec un léger (et unique) « sursaut » en 2020 à 2,35 %, dû à la chute du PIB causée par la pandémie. On est loin de l’objectif de 3 % par pays fixé par l’Union européenne !

En 2020 (derniers chiffres disponibles), à l’intérieur de l’OCDE, la France se place en 12e position en matière d’effort de recherche et développement, alors qu’elle occupait la 4′ place en 1992 ! Non seulement l’Hexagone se situe sous la moyenne des pays membres de l’organisation internationale (2,67 % du PIB), mais il pointe également à des années-lumière des leaders (Israël (5,4 %), Corée du Sud (4,8 %)) et bien loin des Etats-Unis (3,5 %) et du Japon (3,3 %).

C’est grave, docteur ?

D’où ce cri d’alarme du Cese, qui « réitère l’urgence absolue (…) d’atteindre au moins 1 % du PIB pour la recherche publique et 2 % pour celle des entreprises ». Et d’appuyer là où ça fait mal : « Les difficultés liées à la capacité de la France de produire un vaccin contre le Covid-19, les pénuries de composants électroniques pour les filières industrielles démontrent les conséquences directes sur l’économie et la société d’un effort d’investissement insuffisant. »

Or, si la loi de programmation de la recherche adoptée en décembre 2020 prévoit un investissement de 25 milliards d’euros étalé jusqu’en 2030, cela « ne suffira pas à atteindre l’objectif européen » des 3 %, alerte le Cese, pour qui il fau drait mettre le double sur la table. Ainsi, même les laboratoires français les plus prestigieux tirent la langue. « On a beau être bien lotis par rapport aux autres labos en France, les budgets alloués par nos tutelles nous permettent tout juste de payer nos factures, d’acheter des pipettes et un micro-ondes », explique au « Canard » François Leulier, directeur de recherche en biologie à l’Ecole normale supérieure de Lyon. Et d’insister : « Les meilleurs labos à l’international disposent de fonds bien plus importants que nous, qui sommes totalement dépendants des appels à projets. »

Au CNRS, le nombre de recrutements de chargés de recherche a diminué de 41 % entre 2010 et 2021, passant de 412 postes ouverts aux concours à 242. Doctorant en philosophie des sciences à l’université Clermont-Auvergne, Quentin Rodriguez note que « beaucoup de jeunes chercheurs ont le sentiment de faire partie d’une génération sacrifiée et n’hésitent plus à le crier haut et fort ».

Voire à quitter les institu­tions publiques pour se tourner vers l’industrie, les startup ou l’étranger…


Clara Bamberger. Le canard enchainé. 02/11/2022


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