Cannibale football

La Coupe du monde de football qui va se dérouler cette année au Qatar va battre tous les records.

Records de chaleur, records de climatiseurs, records d’ouvriers décédés pendant la construction des stades, records d’électricité consommée.

Visiblement, le football se croit une affaire d’une importance telle qu’il mérite qu’on lui consacre autant d’énergie.

Lorsque la décision d’accorder au Qatar l’organisation de cet événement a été prise par la Fédération internationale de football association (Fifa), en 2010, le réchauffement climatique n’inquiétait pas le grand public comme aujourd’hui. Alors que pourtant on disposait déjà de suffisamment d’informations, et ce depuis la fin des années 1970, pour anticiper le désastre écologique que nous vivons.

Mais le football est une activité qui n’a que faire de ce qui se passe dans le reste de la planète. Déjà, lors de la Coupe du monde de foot de 1978, organisée par l’Argentine alors sous la dictature du général Videla, le petit milieu du football ne s’était pas offusqué de jouer dans des stades où des prisonniers politiques étaient torturés dans les sous-sols. Alors, le réchauffement climatique, qu’est-ce que les professionnels du football en ont à foutre!

La planète foot tourne sur elle-même, seule dans l’univers, indifférente à tout ce qui l’entoure. C’est pour cela qu’autant de gens sont passionnés par ce sport : l’autosuffisance de la culture footballistique les conforte dans l’idée que ce qu’ils aiment est plus important que tout le reste.

Dans ses hors-séries comme L’Horreur footballistique, publiée en 1998, ou Ni Dieu ni foot, publié en 2010, Charlie critiquait déjà la place démesurée du football dans notre société. Coupe du monde, Euro, Coupe d’Afrique des nations, Ligue des champions de l’UEFA, Europa League, Copa America, Ligue des nations de l’UEFA, Ligue 1, Coupe de France et Coupe du monde des clubs de la Fifa : le foot s’impose à vous à longueur d’année, que cela vous plaise ou non.

Avec cette compétition organisée au Qatar, ce sport passe un cap supplémentaire dans sa mégalomanie : celui de dicter sa loi au climat. C’est le foot qui règle les températures dans les stades avec un système de climatisation délirant, c’est le foot qui impose de jouer par 50 °C à l’ombre, c’est le foot qui décide de transporter par avion des milliers de fans toutes les dix minutes vers les stades du Qatar.

L’arrogance de cette discipline sportive est sans limites. Quelle activité humaine a l’insolence de se croire si importante qu’elle nécessite une telle débauche de moyens? Aucune.

La place envahissante du football est aussi celle que l’humain pense mériter dans te monde et même dans l’univers : celle d’être au centre de tout. La sobriété énergétique est frustrante, car elle impose une humilité incompatible avec la mégalomanie du foot, qui aime gaspiller, car plus il le fait, plus il affirme qu’il est une activité vitale pour l’homme.

En réalité, le foot ne sert qu’à distraire pendant quatre-vingt-dix minutes des gens qui s’ennuient le reste de leur vie. Qu’importe si le spectacle de vingt-deux types qui courent après un ballon est souvent laborieux, pourvu qu’il parvienne à nous faire oublier que la planète se suicide à petit feu.

Le Qatar brûlera sans compter des millions de kilowattheures, dégagera des milliers de tonnes de gaz carbonique, produira des milliards de déchets, pour que des matchs de foot se jouent à n’importe quel prix. Le nombre d’ouvriers qui ont trouvé la mort pour construire ces stades cauchemardesques atteste le peu de considération que les organisateurs de cette Coupe du monde portent à la condition humaine.

Cette Coupe du monde ressemble à ces sacrifices humains auxquels certaines anciennes civilisations se livraient, pour s’attirer les faveurs d’un dieu sanguinaire dont elles voulaient se protéger mais qui en réalité les détruisait. Le football cannibale aussi dévorera tout sur son passage pour exister jusqu’au bout.


Editorial de Riss – Hors Série – 02/11/2022


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