Blue-stop

Je suis posée sur un banc en plastique, bleu anonyme. J’attends le bus N°8, direction Centre Ville.

C’est la Méditerranée minuscule, à peine salée, à peine. Il est 14h39. Le bus va arriver, arriver pour moi aussi. Il faut que j’en sois sûre.

Je suis posée là, là au bord, au bord de la route face aux vagues. Heureusement, il y a le banc. Je suis sur le banc. Je suis en plastique, bleu à l’abri, sans le bus. C’est lui le banc qui attend, lui qui explique: où je vais, ce que je fais.

Le banc protège, le banc soutient, le banc ment. C’est lui qui ment, c’est le banc qui fait croire aux voitures que je m’impatiente, que je suis fatiguée, que j’ai dû oublier mon parapluie à la maison, que mon tee-shirt mouillé va bientôt sécher dans un magasin.

C’est lui la preuve que je vais bien, la preuve de mon existence, ma preuve en plastique. Il suffirait qu’une seule voiture s’arrête et me demande ce que je fous là pour que je me retrouve par terre, dehors, pas assez couverte, en train d’attraper la crève dans du 100 % coton qui chiale.


Lili Frikh – Recueil « Les mains fertiles »


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