La chasse : aidée financièrement

Il y a des grincheux qui se plaignent toujours de manquer d’argent : soignants, enseignants…, bref, toujours les mêmes parasites. [Psssiiiitttttttttt… c’est de l’humour ! MC]

Ce n’est pas le cas des chasseurs. On ne parle pas du smicard qui va tirer son lapin le dimanche matin : pour lui, il n’y a pas plus de beurre dans le civet. En revanche, pour la ­Fédération nationale des chasseurs (FNC), c’est champagnes et crus millésimés à tous les repas.

Ses subventions sont passées de 27 000 euros par an avant l’arrivée de Macron au pouvoir, en 2017, à, tenez-vous bien, 11,46 millions d’euros en 2021 !

Cela découle de la loi sur la chasse votée en 2019. La FNC se défend d’avoir reçu des cadeaux et évoque de simples « compensations » pour de nouvelles missions qui lui incombent. Oui, certes, mais ce n’est pas si simple.

En fait, il y a trois sources à cette manne financière. Il est vrai que la gestion des plans locaux de chasse (qui consiste, en gros, à évaluer le nombre d’animaux, pour savoir la quantité qu’on peut flinguer) était auparavant assurée par les services de l’État.

Elle le sera désormais par les fédérations départementales de chasseurs, d’où une rallonge financière. Ce qui est difficile à avaler pour Yves Verilhac, directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) : « Nous ne sommes pas favorables à ces transferts de mission, car c’est une perte de maîtrise globale de l’État sur la chasse. »

Ensuite, la FNC reçoit beaucoup plus de cotisations : 28,7 millions d’euros, contre 11,8 millions avant la nouvelle loi. C’est grâce aux recettes du « permis national de chasse » (qui permet de chasser partout en France), dont Macron a divisé le coût par deux, ce qui incite les chasseurs à l’acheter, au détriment du « permis départemental » (qui limite le droit de chasse au département), moins onéreux et dont la plupart se contentaient jusqu’ici.

Mais surtout, il y a ce qu’on appelle l’« écocontribution ». Pour chaque permis de chasse, la FNC débourse 5 euros et l’État (donc nous, les contribuables), 10 euros. Ce qui alimente un fonds d’environ 15 millions d’euros par an. Lequel est géré par l’Office français de la biodiversité (OFB), et sert à financer des actions de fédérations locales de chasseurs, censées préserver la biodiversité (plantation de haies, protection de zones humides, etc.).

Du moins, en théorie. Car pour Yves Verilhac, « c’est une vaste fumisterie. Il n’y a pas de contrôle. Les chasseurs ne donnent pas le résultat de leurs études et utilisent surtout ces subventions pour faire la promotion de la chasse, avec des plaquettes ou des conférences dans les écoles ».

D’ailleurs, même le conseil scientifique de l’OFB a émis des réserves sur cette pompe à fric pour chasseurs, au motif qu’elle « ne permet pas de garantir une qualité suffisante des projets sélectionnés ». Autant d’arguments qui ont conduit la LPO à déclencher une procédure judiciaire pour exiger l’arrêt de cette pseudo-écocontribution. De fait, on peut s’interroger sur cette étrange logique qui consiste à confier la défense des animaux à ceux qui les tuent. Mais il y a là-dessous un objectif très politique : redorer l’image des chasseurs, qui veulent désormais être perçus comme les seuls vrais et purs écologistes, en lieu et place des associations environnementales.

[…]


Antonio Fischetti. Charlie Hebdo. 02/11/2022. Source web (Extraits)


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