L’histoire des Méga-bassines 

« Si écoterrorisme il y a, il est du côté de l’État »

La mobilisation contre les « méga-bassines » de Sainte-Soline a été émaillée de heurts violents entre les manifestants et des gendarmes mobiles déployés en force dans ce village des Deux-Sèvres. Blessés de part et d’autre et déclaration choc de Gérald Darmanin. Le ministre de l’Intérieur parle d’ultragauche, de fichés S et d’écoterrorisme pour définir les manifestants. […]

Rencontre avec Mélissa Gingreau, porte-parole du collectif « Bassines Non Merci ! » pour évoquer les vrais enjeux de cette bataille de l’eau.

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  • Quelques mots pour nous rappeler ce qu’est la méga-bassine de Sainte-Soline ?

Mélissa Gingreau. Ce projet de bassine c’est 720 000 mètres cubes d’eau, soit l’équivalent de 360 piscines olympiques, et une emprise au sol sur 16 hectares. Sainte-Soline est révélateur de ce qu’il va se passer car des projets de méga-bassines il y en a dans les Deux-Sèvres, dans la Vienne, dans le Berry…

  • Pour quels usages en fait ?

Mélissa Gingreau. Là est bien le problème. Elles sont destinées à une petite centaine d’agro-industriels, dont pas un n’a renoncé aux pesticides. […] Les 16 bassines des Deux-Sèvres vont concerner une centaine d’exploitations d’agro-industrie seulement, mais vont coûter quelque 60 millions d’euros d’argent public. C’est une dépense publique colossale pour une minorité d’agriculteurs, des irrigants qui font pousser du maïs fourrager pour l’export, autrement dit pour nourrir du bétail dans les fermes-usines.

Voilà le modèle agricole défendu par l’État lorsqu’il réprime les manifestations citoyennes. C’est ce système agro-industriel que l’on remet en question. Et dont on veut, au moins, pouvoir débattre démocratiquement.

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  • Gérald Darmanin parle d’écoterrorisme et craint plus que tout la constitution d’une Zad à Sainte-Soline…

Mélissa Gingreau. On nous traite d’écoterroriste lorsque l’on essaie de défendre l’eau comme bien commun ainsi que d’empêcher son pillage et son détournement au profit de quelques-uns. Si écoterrorisme il y a, il est du côté de l’État. Après tout, c’est lui qui est condamné pour inaction climatique !

On sait que ce modèle agro-industriel n’est pas durable. Les scientifiques, les hydrologues le disent. La sécheresse historique de cet été qui se prolonge encore devrait sonner comme un avertissement.

Le cycle de l’eau, on apprend ça en CM1. Il faut laisser les nappes phréatiques se recharger à l’automne, en hiver et au printemps pour qu’il y ait des rivières l’été. Les bassines font l’inverse. Il n’y a aucune volonté de réduire les consommations d’eau, de pesticides, de plantes gourmandes en arrosage comme le maïs… Bref, aucune volonté de changer de modèle agricole. Quels autres choix avons-nous que d’entrer en désobéissance civile ?

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Propos recueillis par Natacha Devanda. Charlie Hebdo Web. 31/10/2022. Source (Extraits)


3 réflexions sur “L’histoire des Méga-bassines 

  1. christinenovalarue 02/11/2022 / 08:12

    Je n’habite pas très loin, je me sens concernée… À vrai dire pas vraiment par les arguments des uns ou des autres, forcément outranciers. Mais plutôt par le quotidien des habitants du coin, car il y en a, qui voient leur vie tranquille bouleversée par un combat qui n’est pas forcément le leur… Et qui craignent la création d’un zad, on peut les comprendre…

    • Libres jugements 02/11/2022 / 10:33

      Bonjour Christine,
      Concernant le malaise subi par la population locale instaurée par les manifestants ; je suis parfaitement d’accord.
      Une chose me chiffonne dans la démarche de ses bassines et je ne parle que de cela, absolument pas du battage écologique fait autour, bien que… il en découle !

      Selon certaines informations, pour remplir ses bassines (toutes ou certaines ?), elles seraient alimenté par des eaux de puisage dans la nappe phréatique. Si c’est le cas, c’est carrément l’appropriation de nappes phréatiques par certains agriculteurs (en fait un clan sélectif d’entreprises agricoles). Dans ce cas je suis absolument contre.
      Par contre, si les bassines creusées sont alimentées uniquement par les eaux pluviales, je ne vois pas où est le problème.

      Pour le moment fautes d’informations plus précises, à titre personnel, je ne suis ni pour ni contre, je demande à avoir des précisions.

      En toute amitié
      Michel

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