Euronaval et les marchands d’armes…

Livrer des armes à l’Ukraine, c’est « éthique et utile ». Voilà ce que pouvait entendre, dans plusieurs stands, le visiteur de l’exposition internationale Euronaval, la semaine dernière, au Bourget.

Face à l’agression russe, les industriels occidentaux de l’armement se donnent pour une fois le beau rôle. Et ils n’oublient pas que la guerre sert aussi de vitrine aux équipements utilisés.

Exemple chez Nexter. Après la livraison de 18 engins, on se félicite de la réputation faite au canon Caesar par le président Zelensky, l’automoteur de 155 mm ayant contribué au succès des contre-offensives ukrainiennes en septembre. Rien de tel que le retour d’expérience (« retex », en jargon militaire) pour vendre : à l’usage, le Caesar surclasse les obusiers concurrents Panzerhaubitze 2000 de Rheinmetall, vite en panne en cas de tirs trop rapides, comme dans les combats du Donbass.

Le retex se dit en anglais « combat proven » (« preuve opérationnelle »), qui sert à valider l’excellence de la quincaillerie. Exemple avec Arquus, ex-Renault Trucks Defense, qui a déjà placé 60 transports de troupes VAB (véhicules de l’avant blindé) en Ukraine. La firme attend avec impatience un accord technique entre la Direction générale de l’armement et Kiev pour expédier une vingtaine de blindés Bastion APC payés sur un « fonds spécial » de 100 millions d’euros décidé par Macron. Estoniens et Roumains ont, eux aussi, lancé de gros appels d’offres sur ce type de véhicules.

Moins bien vu, jusqu’à présent, le français Thales. Le 12 septembre, le ministère ukrainien de la Défense dénonçait, photos à l’appui, l’emploi de composants du groupe tricolore sur des binoculaires russes OEB-1TOD de désignation de cibles pour les avions. Ils avaient été livrés dans le cadre de plusieurs contrats de fourniture de matériels optroniques passés avant l’embargo imposé à la Russie à la suite de l’invasion de la Crimée, en 2014.

Pourtant, le rapport au Parlement sur les exportations d’armes de la France en 2021 indique qu’une licence d’exportation (pour 1,605 million d’euros) avait encore été accordée cette année-là pour ce type d’accessoires. La décision a finalement été annulée le 8 avril. Du coup, Thales (qui a fermé son bureau moscovite au printemps) peut désormais rassurer ses personnels en se consacrant à une « cause juste » !

Les dernières initiatives présidentielles vont également permettre à Thales de livrer au moins deux radars Ground Master 200 (de 20 à 25 millions d’euros pièce). En service dans le système de surveillance aérienne national (SCCOA), ils sont capables de détecter à distance confortable des attaques simultanées de missiles et de drones. L’idéal, assure le constructeur, pour protéger les villes ukrainiennes.


Article signé des initiales J. C. Le Canard Enchainé. 26/10/2022


Une réflexion sur “Euronaval et les marchands d’armes…

  1. bernarddominik 02/11/2022 / 09:10

    Un marchand d’armes n’est pas crédible s’il laisse tomber ses clients en cas de conflit. Et les 200 000 familles françaises qui vivent de ce commerce le savent très bien. Pendant que nos avions bombardaient la Serbie nos entreprises continuaient à fournir la Serbie via la Hongrie. Les affaires et les sentiments ne vont pas ensemble. Que la France fournisse la Russie et l’Ukraine n’a rien d’outrageant: c’est la loi du capitalisme

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