Ursula von der Leyen

La très lisse présidente de la Commission européenne prend son temps et peu de risques, surtout pas ceux qui pourraient nuire à son avenir.

Toujours impeccable, jamais une mèche qui dépasse, Mme la Présidente est du genre qui, enfant, à la cantine, mangeait ses bolognaises sans se tacher. Pas donné à n’importe quel marmot.

Impavide, souriante, jamais prise en défaut. Il y a un mois, elle a déroulé son discours sur l’État de l’Union sans rien montrer, sans rien incarner non plus, un vrai robinet d’eau tiède. Une heure trente de sabir bruxellois bien ronronnant, qui ferait passer Michel Barnier pour le roi de la déconne.

Il semblerait qu’elle ne se soit pas démontée non plus quand elle a dû faire face à l’exaspération de Mario Draghi, président du Conseil italien sur le départ, lui reprochant publiquement son manque d’initiative pour contenir les prix de l’énergie en Europe.

Une étonnante passivité qui dure depuis des mois et coûte des fortunes aux gouvernements européens, aux prises avec leur opinion publique. « L’explication la plus aimable à ton égard est celle d’un délai cognitif », a persiflé Mario Draghi (« Libération », 19/10).

L’autre explication, effectivement encore moins agréable, consiste à souligner que cette apathie sur le sujet coïncide curieusement avec la position de l’Allemagne, qui bloque toute réforme du marché de l’énergie en Europe et s’oppose au découplage des prix de l’électricité et du gaz. Six mois que ça dure…

Poudre de Berlin-pin-pinn

La présidente de la Commission est-elle allemande avant tout ?« Sur ce dossier, sa proximité avec Berlin est évidente, mais ce n’est pas systématique. Elle ne s’est pas battue non plus pour imposer un nouvel emprunt européen qui aurait servi à mutualiser le coût de la crise énergétique entre les pays membres, ce n’est pas à cause de l’Allemagne mais de tous les pays du Nord, qui sont très réticents à l’idée de tout endettement commun », assure un haut fonctionnaire européen.

Depuis trois ans que Von der Leyen, dite « VDL », est à la tête de la Commission, elle a montré une aversion au risque qui tend vers l’infini. « VDL se comporte comme une espèce de secrétaire générale des pays européens, et n a perdu en autonomie. Son mot d’ordre, c’est « prudence ! ». C’est vrai que l’Europe est divisée sur tous les sujets et que c’est un champ de mines, mais il n’est pas interdit d’avoir des idées, et, après tout, c’est elle qui tient les manettes et le chéquier », ironise un eurodéputé Renew.

La crise de l’énergie ? Pas d’initiative. Le respect de l’Etat de droit en Pologne et en Hongrie ? Il est urgent d’attendre. Les vaccins, promis début 2021, et égarés pendant de longs mois ? La faute à pas de chance, la vie est compliquée.

Excellente communicante, l’ancienne ministre de la Défense d’Angela Merkel s’est tirée de tous les guêpiers dans lesquels elle s’était fourrée. La commission d’enquête parlementaire allemande qui décortiquait don bilan de ministre a sorti un document ravageur. Sa gestion du ministère ? « Un échec complet », couronné par une grande légèreté dans sa façon de dilapider l’argent pu­blic, pour le plus grand bonheur d’une armée de consultants privés qui s’est partagé un pactole grassouillet de 100 millions d’euros…

Exfiltrée à Bruxelles, VDL a mis son équipe de communicants à son service. Des images  comme s’il en pleuvait, Ursula en Ukraine, séquence émotion, Ursula en train de serrer des pognes, Ursula à l’écoute des vraies gens, séquence empathie, moi, moi, moi. Les idées ? Quelle importance ! L’agence Idea, chargée de la prospective auprès de la Commission européenne, n’est jamais sollicitée par la Présidence, qui ne souhaite que des notes techniques.

Portée ONU

Légèrement embarrassée par la polémique concernant les SMS échangés avec le patron de Pfizer lors de la crise du Covid et qui auraient « disparu » de son téléphone, VDL n’a pas non plus répondu aux questions de la Cour des comptes européenne (CCE), qui lui demandait les précontrats signés avec les laboratoires. Interrogé par « Le Canard », un membre de la CCE a qualifié ce silence de « très inhabituel ».

VDL prépare-t-elle sa prochaine exfiltration ? « Elle a deux plans. Son plan A, c’est de devenir secrétaire générale de l’ONU ; le B, c’est de rempiler à la Commission », assure un fonctionnaire bruxellois. Rempiler s’annonce un peu compliqué.

Les sociaux-démocrates allemands, qui ont pourtant pu compter sur elle, ne la soutiennent guère, pas plus que son parti, le PPE, qui ne cesse de perdre du poids en Europe. Et la relève est déjà là. Le Premier ministre grec, Kyriàkos Mitsotàkis, s’y verrait bien, et celui de la Croatie, Andrej Plenkovic, piaffe d’impatience.

Sachant que sa réélection à Bruxelles est tout sauf acquise, VDL se met en scène au FMI, à la Banque mondiale et à l’ONU. La cause ukrainienne est chère aux Américains, elle s’affiche donc avec Olena Zelenska, la femme du président ukrainien.

L’essentiel, c’est d’être sur la photo. Et d’y rester.


Article : Anne-Sophie Mercier. Dessin de Kiro. Le Canard Enchainé 26/10/2022


Une réflexion sur “Ursula von der Leyen

  1. bernarddominik 30/10/2022 / 10:52

    Un excellent portrait. Le gouvernement espagnol a été plus courageux et intelligent que Macron en se retirant de l’accord européen sur l’énergie, il suffisait que la France suive cet exemple pour enterrer un accord honteux et absurde voulu par l’Allemagne pour son seul profit. Mais Macron n’a pas les couilles de De Gaulle. C’est un émasculé

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