Main-d’œuvre, bon marché…

Une nouvelle fois, les enseignants de lycée professionnel étaient en grève. La raison ?

Un projet de réforme qui vise à réduire les apprentissages, généraux comme professionnels, et à calquer les diplômes sur les besoins des entreprises locales.

De 22 à 33, c’est, pour les jeunes en lycée professionnel, le nombre de semaines qu’ils devront passer en entreprise si le projet porté par Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels abouti. Des semaines de stages qui seront obligatoires pour valider l’obtention du baccalauréat.

Or, comme l’explique Germain Filoche, professeur de lycée pro en région parisienne, accueillir ces jeunes « n’est pas évident pour beaucoup d’entreprises », notamment les PME. Et, par voie de conséquence, décrocher un stage en entreprise n’est pas facile pour le jeune sans réseau.

Aussi, l’idée de faire passer les semaines de stages obligatoires de 22 à 33 peut sembler une bonne idée. Sauf que non ! Elle s’inscrit dans le prolongement des réformes de Jean-Michel Blanquer qui avait déjà accéléré la réduction du nombre d’heures d’enseignement, passé, en trois décennies, de 3 890 à 2 520 sur l’ensemble des trois années.

  • « On bousille mon métier »

Car qui dit lycée pro ne dit pas, ou pas seulement, cours d’hôtellerie ou de mécanique. Germain Filoche, par exemple, enseigne le français et le théâtre. Pour lui, ces établissements qui accueillent un jeune sur trois, sont avant tout « des lieux de remobilisation ». L’année de terminale est celle où les efforts des deux années précédentes sont récompensés, où les élèves participent le plus, posent le plus de questions. Or, si la réforme est adoptée, les heures de cours généraux seront tellement réduites que le professeur Filoche ne pourra plus mettre en œuvre ses projets pédagogiques […] Lui qui avait l’habitude de terminer chaque séance de cours par une tâche créative – rédiger une affiche, créer une émission de radio – sait qu’il ne pourra plus le faire. Il s’interroge désormais sur la poursuite de son métier à brève échéance.

  • Une réforme antiéconomique

L’autre aspect du projet gouvernemental est de calquer les formations sur les besoins de l’économie locale. Une logique qui peut sembler de bon sens. Mais, dans le souci de toujours mettre l’État au service des entreprises, le gouvernement va miner l’acquisition de compétences générales par ces futurs ouvriers et employés. Un savoir pourtant indispensable à leur carrière future.

[…]

Ainsi, au prétexte de former des travailleurs « immédiatement opérationnels », Carole Grandjean va surtout former des centaines de milliers de futurs chômeurs, et ce d’autant plus que le basculement numérique des entreprises nécessite des capacités d’abstraction de plus en plus importantes.

  • Moins de lycées pros, plus de CFA

L’attaque du gouvernement contre cette filière est impressionnante. À Paris, dix lycées professionnels sont menacés de fermeture, au prétexte habituel de la baisse des effectifs. Où iront les enfants ? Mystère. […]

Certes, on ne peut pas accuser le gouvernement de vouloir faire des économies. Car, comme l’explique Germain Filoche, le gouvernement a le projet de rémunérer enfin les stages – on parle de 200 euros pour les mineurs, et de 500 euros pour les majeurs, sur l’ensemble de l’année. Une bonne nouvelle pour les jeunes, moins pour les fonds publics qui financeront ces stages. Mais, vous ne voudriez tout de même pas demander aux entreprises de payer eux-mêmes leurs travailleurs, non ?

[…]


Jacques Littauer. Charlie Hebdo Web. Source (Extraits)


Une réflexion sur “Main-d’œuvre, bon marché…

  1. bernarddominik 24/10/2022 / 10:37

    Autrefois c’étaient des lycées techniques avec un enseignement technique comprenant les techniques de bases (se servir d’une machine outil) médianes (tailles et angles des outils de coupes métallurgie) et hautes (normes chimie des métaux dessin industriel et descriptive physique chimie technologie) et on remplace tout ça par des lycées professionnels qui forment en fonction des besoins immédiats. Après on s’étonne que les industries de pointe et de technologie lourde soient parties en Asie. Macron tient le discours de la ré industrialisation tout en lui coupant les ailes. Oui la France du milieu s’est appauvrie parce que ce ne sont pas les grandes fortunes qui alimentent son budget, et l’état est obligé de faire des impasses, malheureusement il a choisi 2 secteurs pour ses impasses l’éducation nationale et la santé.

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