Évolution énergétique

Dans Carbon Democracy. Le Pouvoir politique à l’ère du pétrole (2011), l’historien Timothy Mitchell explore la manière dont les choix énergétiques ont façonné, non seulement les économies, mais également les démocraties.

La transition du charbon vers le pétrole, explique-t-il, fut en large partie organisée pour contrer le pouvoir pris par les mineurs sur les flux d’énergie : grâce à sa fluidité, sa légèreté et sa concentration, l’or noir permit de créer un système d’acheminement globalisé, moins intensif en travail et plus facilement contrôlable par les États et les multinationales, au prix d’une dépendance accrue vis-à-vis des potentats moyen-orientaux.

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Alors qu’au sommet de l’État on sonne la « fin de l’abondance », il ne suffit pas de se gausser de l’hypocrisie d’un pouvoir entonnant l’air de la bifurcation écologique sans rien changer aux structures qui incendient la planète.

Il est désormais impératif de prendre la mesure de l’ensemble des obstacles à la construction d’une véritable société de la sobriété. L’émergence de celle-ci exige une transformation radicale des imaginaires, des pratiques et des infrastructures et impose de briser la fausse dichotomie opposant la révision des comportements individuels et l’indispensable remise en cause du capitalisme mondialisé.

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Les « solutions techniques » censées éviter la catastrophe ne sont pas plus convaincantes. Souvenons-nous seulement : au xixe siècle on annonçait des « fourneaux fumivores » qui devaient enrayer la pollution du charbon et dans les années 1970, les industriels de l’automobile promettaient la « voiture propre » pour l’an 2000.

Cela permet de mesurer à quel point les promesses de prouesses techniques ne sont le plus souvent que des moyens de surseoir aux indispensables transformations radicales.

Comme le rappellent les exemples du pétrole et du nucléaire, la définition d’une politique énergétique interroge la nature même de la démocratie. Il est ainsi impossible de promouvoir la sobriété en en confiant le pilotage à l’opaque et vertical Conseil national de Défense, voulu par l’Élysée.

En d’autres termes, le renversement des logiques énergétiques dont nous héritons ne saurait advenir dans les cadres épuisés, hiérarchisés et rigidifiés de la Vᵉ République.

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Préambule de la revue « Le Crieur » N° 21 – Source (Extraits)


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