Un rapport classé X

Empêcher les mineurs d’accéder aux contenus pour adultes…

Tel est l’un des sujets majeurs traités par un rapport sénatorial qui dénonce « l’enfer du décor » de l’industrie de la pornographie en France (28/9). Un pavé sorti après six mois de travaux et amorcé à la suite de deux enquêtes judiciaires portant sur des soupçons de proxénétisme aggravé, traite des êtres humains en bande organisée, viol avec torture et actes de barbarie visant la pla­teforme Jacquie et Michel et un site baptisé « French Bukkake ».

Selon les autrices du rapport, deux tiers des enfants de moins de 15 ans auraient déjà eu accès à des images pornographiques.

Comment protéger leurs chastes yeux ?

Si, théoriquement, les diffuseurs sont censés s’assurer que leurs visiteurs sont majeurs, dans les faits un clic suffit pour certifier que l’on a plus de 18 ans ! Parmi les solutions les plus drastiques, les sénatrices proposent ainsi de bloquer ou de déréférencer sur les moteurs de recherche les sites qui ne se prêtent pas à l’exercice.

Et pourquoi pas, avancent-elles, demander l’enregistrement d’une carte d’identité ou d’une carte bancaire dès l’entrée du site ? Même si les ados disposent souvent de ce moyen de paiement, il s’agit probablement de la mesure la plus réaliste…

Proposition plus radicale : tous les contenus pourraient devenir payants, notent les rapporteures. « Cependant, le Conseil constitutionnel ne manquerait pas de considérer qu’il s’agit d’une trop grande atteinte à la liberté d’entreprendre », anticipent les autrices.

Autre trouvaille : vérifier l’âge via des données biométriques ou des estimations algorithmiques sur la base du contenu publié ou utilisé par le spectateur. Gare aux grands enfants (pourtant adultes) qui bouffent des mangas à longueur de journée : leur accès aux sites pornos pourrait être limité !

Face à ces pistes bancales, « le recours à un dispositif de tiers de confiance apparaît indis­pensable », tranche le rapport, appuyé par la Cnil. Il s’agirait d’imposer aux plateformes de vérifier l’âge du visiteur via un tiers.

Par exemple, l’internaute pourrait demander à sa banque ou à son fournisseur d’énergie de certifier sa date de naissance (sans qu’il sache, en théorie, que cela servira à visionner des images X).

De son côté, le site ne saurait rien de l’identité du visiteur, sinon qu’il est majeur. Pas sûr que l’idée séduise les utilisateurs…

Le concours Lépine a finalement trouvé sa gagnante (Franceinfo, 28/9), la sénatrice LR des Alpes-Maritimes et coautrice du rapport Alexandra Borchio-Fontimp : « Il y a des techniques beaucoup plus modernes qui ont recours à l’analyse faciale. Nous avons auditionné une entreprise britannique à l’origine d’un procédé qui permettait d’estimer à un an près l’âge de l’internaute. »

Le petit plaisir solitaire est en passe de devenir… une grande épopée !


Article signé des initiales F. R.-G. Le Canard Enchainé. 05/10/2022


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