50 ans de FN-RN

Le 6 octobre 2022, […] un colloque surtitré « 1972–2022 – Jubilé du FN/RN » […].

L’aventure du FN-RN est désormais écrite par les politistes et les historiens avec force détails. Il est donc impossible à Marine Le Pen de nier la filiation chronologique, et en faisant intervenir, lors de cette conférence, Bruno Gollnisch, adhérent de 1983 qui représente ce qui reste de plus proche de Jean-Marie Le Pen au sein du mouvement, elle donne l’impression d’endosser la totalité du passé frontiste.

L’intitulé du colloque, « De l’espoir au pouvoir », est ambigu.

En effet, quel était l’espoir de ceux qui, le 7 novembre 1972, étaient avec Le Pen père à la tribune de la Mutualité, au meeting de lancement du parti ? Difficile d’imaginer François Brigneau, engagé dans la Milice le 6 juin 1944, Pierre Bousquet, militant franciste devenu Waffen-SS et participant en 1945 aux derniers combats de Berlin, ou Henry Charbonneau, l’ancien de la Phalange africaine, les collabos des combats de Tunisie, rêvant d’une société démocratique et ouverte.

Faire animer un tel colloque par Laurent Jacobelli, venu de chez Dupont-Aignan, lui faire dire : « Joyeux anniversaire à tous ! Ce soir, nous avons tous 50 ans ! », alors qu’il se dit « gaulliste » et a adhéré en 2017, pose un problème d’interprétation de ce cinquantenaire.

Est-ce une contorsion sans signification, une sorte de service minimum de la commémoration, ou un signe que le parti n’a pas changé depuis sa fondation ?

En lançant la semaine passée une campagne numérique intitulée #50ansdeFHaine, le parti présidentiel Renaissance entend prouver la seconde hypothèse. La science politique pense généralement autrement.

Meilleur spécialiste des droites extrêmes, autorité mondialement reconnue et pas vraiment de droite, Cas Mudde explique ainsi que l’extrême droite rejette la démocratie, alors que la droite radicale l’accepte tout en penchant pour un illibéralisme à la Orbán.

À l’aune de cette distinction, le RN est davantage « radical » qu’extrême, quand on le compare au pedigree des premiers frontistes, dont furent aussi les militants du mouvement Ordre nouveau, situés entre néofascisme et nationalisme révolutionnaire. Que le programme du RN diffère de celui du FN sur de nombreux points, c’est un fait : le reagano-thatchérisme ultralibéral, c’est fini, tout comme les déclarations sur l’inégalité des races et les chambres à gaz.

Le lancement de Reconquête ! a même recentré le RN, tant la fixation de Zemmour sur le « grand remplacement » et l’islam (pas l’islamisme !) fait passer pour plus modéré le propos mariniste sur la nécessité de stopper « la submersion migratoire ».

L’opération de communication gouvernementale aura de toute manière du mal à convaincre les électeurs des milieux populaires que la campagne du RN sur le pouvoir d’achat et contre les ravages de la mondialisation libérale est une réminiscence du fascisme.

Avouons-le, l’opposition politique au projet du RN est dans une impasse inquiétante, puisqu’elle oscille entre le fixisme consistant à ramener le parti de 2022 à ce qu’il fut au départ et l’erreur de penser qu’on peut gommer un demi-siècle d’Histoire.


Jean-Yves Camus. Charlie Hebdo. 12/10/2022


Laisser un commentaire