Lavage à grande eau

Voilà une excellente nouvelle pour Syngenta, l’un des plus gros fabricants de pesticides au monde.

Jusqu’à présent, l’eau de 1 640 318 Français était consi­dérée comme « non conforme » à cause de l’un de ses désherbants vedettes, le S-métolachlore qui a le mauvais goût de libérer clans la flotte une cochonnerie, un métabolite que certains toxicologues trouvent un brin dangereux. Par un joli tour de passe-passe, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) vient de rendre de nouveau « conforme » toute cette eau.

Le 30 septembre, l’Anses a en effet décide de relever le seuil à partir duquel la présence de ce métabolite, baptisé « ESA-métolachlore », rend la flotte non conforme. D’après la réglementation européenne, tous les pesticides susceptibles d’« engendrer un risque sanitaire inacceptable pour le consommateur » ne doivent pas dépasser la limite de 0,1 micro-gramme par litre.

Sauf que l’Anses considère désormais, dans son jargon, que l’ESA-métolachlore n est plus « pertinent » et qu’on peut donc en faire le plein jusqu’à 0,9 microgramme par litre, la fermeture du robinet n’étant décrétée qu’à partir de 510 micro-grammes.

Résultat des courses : comme l’a calculé l’association écolo Générations futures, 97 % des réseaux de distribution d’eau potable qui étaient déclarés « non conformes » car plombés par ledit métabolite vont pouvoir illico rentrer dans les clous. Jusqu’alors, comme « Le Canard » (23/3) l’avait raconté, quand la teneur en ESA-métolachfore dépassait le seuil fixé par Bruxelles, les pouvoirs publics fabriquaient à tout-va, au-delà de trente jours de dépassement, des dérogations préfectorales qui permettaient aux communes de continuer de distribuer l’eau. Des dispenses valables trois ans et renouvelables une fois…

Alors même que le S-métolachlore est interdit au Luxembourg depuis 2015, la multinationale suisse Syngenta va donc pouvoir fourguer encore son herbicide aux agriculteurs français, soit 1 900 tonnes par an, pour désherber leurs champs de maïs, de tournesol ou de betterave. Pourtant, le doute plane sur le potentiel cancérigène et reprotoxique du S­métolachlore. En juin dernier, l’Agence européenne des produits chimiques l’a d’ailleurs classé dans la catégorie des substances « susceptibles de provoquer des cancers ».

Mieux, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui est en train de réévaluer la toxicité dudit désherbant, a suspendu la procédure le temps que Syngenta prouve que son produit n’est pas un perturbateur endocrinien. Avec une preuve pas bidon (de pesticides)…


Article non signé. Le Canard Enchainé 12/10/2022


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