Dermatos liberaux absents !

Un nouveau grain de beauté ?

Un bouton inexpliqué ? Une plaque qui démange ?

La quête, sur Internet, d’un dermatologue exerçant près de chez soi relève souvent du marathon.

« Le Canard » a fait le test. A Toulouse, à Lille et à Clermont-Ferrand, par exemple, aucun praticien ne reçoit en dehors de sa patientèle. Et 210 villes (préfectures et sous-préfectures, dont Le Havre, Perpignan et Saint-Denis) ne proposent aucun rendez-vous pour les nouveaux patients, note de son côté « Marianne » (22/9). En moyenne, il faut patienter 44 jours pour être ausculté — et jusqu’à 477 à Montauban.

Pour dégoter un dermato, ces temps-ci, il faut avoir la peau dure !

Petits soins au poil

Tous les spécialistes se font rares. En ville, dans une dizaine de disciplines, ils sont passés de 68,4 pour 100 000 habitants en 2012 à 65,5 en 2022 (« Le Monde », 27/9). Mais c’est bien chez les dermatologues, dont la densité, en dix ans, a baissé de 19 %, que la dégringolade est la plus rapide. Et ça n’est pas près de s’arranger : l’âge médian de ces praticiens est de 54 ans.

Alors que les plus âgés retardent leur départ à la retraite, les étudiants, eux, font défaut. Cette année, le ministère de la Santé n’a ouvert que 104 places de dermatologie en médecine — quatre de plus que l’année dernière…

Alexandre Teboul, vice-président de l’association Futurs Dermato-Vénérologues de France, estime qu’il en faudrait 125 par an pour remplacer les futurs retraités.

La médecine de ville attire de moins en moins les praticiens ; ces derniers préfèrent le salariat de l’hôpital.

Par ailleurs, ceux qui exercent encore en cabinet proposent de plus en plus de soins esthétiques, au détriment de la dermatologie générale : épilation au laser, injections, laser, encore, pour couvrir vergetures et cicatrices, « médecine anti-âge » et détatouage rapportent plus que les actes du quotidien.

Que fait la peau lisse ?

La moitié des spécialistes, toutes disciplines confondues, facturent ainsi en « secteur 2 » (avec des dépassements d’honoraires), selon l’Assurance-maladie. Ils étaient 37 % en 2000. Autant de freins qui créent une vraie rupture de soins chez les patients.

« A l’hôpital, on voit les retards de prise en charge, notamment des cancers qui auraient pu être pris à temps, explique Alexandre Teboul. Certains attendent des mois avec des pathologies invalidantes. »

Le ministère encourage les inquiets à se tourner vers la téléconsultation pour montrer ce vilain grain de beauté apparu en bas du dos. Avis aux plus téméraires et, surtout, aux plus souples !


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard Enchainé 12/10/2022


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