Nouvelles technologies

En 2022, des secteurs qui contribuent massivement à la crise écologique continuent leurs affaires sans être inquiétés. L’élevage industriel, les fabricants d’engrais chimiques ou encore les multinationales de la biotech, pour ne citer qu’eux, bousillent la planète en toute tranquillité, pendant que les écologistes préparent leur congrès et que Mélenchon fantasme sur le progrès et le génie humain pour sauver le monde.

Étrange, mais en réalité évident : la presse commune – et même zécolo – ignore nombre de sources essentielles sur l’état du monde. […]

Parmi les véritables informateurs sur la crise écologique, il faut citer ETC (voir ici). Une poignée d’infatigables, d’un bout à l’autre de la terre, examinent les liens souvent tragiques entre les « nouvelles technologies », la crise écologique et le sort des plus pauvres. Imperturbablement, avec des moyens dérisoires, mais une intelligence collective de rêve, ce petit groupe pond des textes et des rapports qui sont autant de flammes de chalumeau sur nos faiblesses et nos ignorances.

Depuis des années, ils racontent – la guerre en Ukraine aura servi d’accélérateur – comment les transnationales de l’agroalimentaire ont fait alliance avec celles de la biotech pour enfumer comme jamais les sociétés. En résumé, plus la situation se détériore, et plus il faudrait faire appel à elles et à leurs méthodes, qui prétendent être la solution quand elles sont à l’origine du problème. […]

Il y a vingt-cinq ans, 10 entreprises tenaient 40 % du marché mondial des semences. En 2022, deux suffisent pour le même résultat.

Dans le domaine des pesticides, le temps de l’Europe et des Amériques est passé, malgré la puissance encore colossale de Bayer, Basf et DuPont. Car un monstre est né à l’Est de la fusion entre les entreprises d’État chinoises Sinochem et ChemChina. Cette dernière avait déjà acheté le suisse Syngenta en 2017, et le tout pèse la bagatelle de 153 milliards de dollars de chiffre d’affaires, intégrant, outre les pesticides, le pétrole, le gaz, la vente de ces beaux produits et divers services financiers.

Le secteur des engrais de synthèse chimique – notamment via l’azote, le phosphore, le potassium – est lui éparpillé, mais ses producteurs les plus malins ont inventé un « récit » on ne peut plus imaginaire. Après avoir salopé les sols – et l’air –, les marchands entendent gagner aussi grâce à la crise climatique, en vantant des solutions « vertes » telles que l’agriculture numérique, les produits à base de microbes, de nouvelles méthodes de production de l’ammoniac.

Le rapport d’ETC passe ainsi en revue tout ce qui compte vraiment, dont on parle si rarement. […]


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo Web 12/10/2022. Source (Court extrait)


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