Désillusion !

Un bilan décevant, des perspectives incertaines » : tel est le reluisant diagnostic posé par l’Inspection générale de l’administration (IGA) sur les « communes nouvelles », dans un rapport publié le 21 septembre dernier et passé injustement inaperçu.

Petit retour en arrière…

En 2010, la France comptait 36 682 communes — soit environ 40 % de l’ensemble des villes et des villages de l’Union européenne, alors qu’elle ne pesait que 15 % de sa population.

La loi de réforme des collectivités territoriales (dite « RCT ») du 16 décembre de la même année a permis à des bourgades voisines (deux, trois ou plus) qui le souhaitaient de fusionner. Ainsi sont nées les « communes nouvelles ».

RCT mieux avant

Las ! en douze ans, à peine plus de 2 500 patelins se sont regroupés pour créer 787 communes nouvelles (ces dernières ne représentant que 2,25 % des communes françaises !) Comme le notent pudiquement les inspecteurs, la loi RCT a été « un grand dessein qui n’a pas rencontré son public ».

Certes, il existe des exemples de réussite.

Ainsi, le tout neuf Vouziers (4 700 habitants), dans les Ardennes, est né de la fusion, en 2016, de trois anciennes municipalités. Cela a permis d’« élargir le bénéfice de certains services publics » (cantine, centre d’action sociale) assurés par la plus grande des trois communes aux deux plus petites.

Mais les « bénéfices » se font souvent attendre. Le budget de fonctionnement de la commune nouvelle de Fillière (Haute-Savoie), née du regroupement de cinq petites localités, a ainsi… augmenté de 30 % entre 2016 et 2019. Les habitants sont impatients de voir leurs impôts baisser !

Fusion sans acquisition

Certains habitants regrettent également des unions contre nature : Vieux-Villez, dans l’Eure, a été relié à Aubevoye par une piste d’essais Renault… glorieusement infranchissable.

En Maine-et-Loire, une navette traverse bien Morannes le matin pour emmener les enfants à l’espace jeune de Daumeray, à 7 km de là, mais elle ne les ramène pas le soir.

Les habitants de ces entités new look ont parfois du vague à l’âme. « On ne sait plus comment on s’appelle. Le nom de la commune nouvelle n’entre même plus dans les formulaires. En fait, on n’habite nulle part… » soupire un résident de Morannes-sur-Sarthe-Daumeray, nouvel en­semble composé de trois ex-mairies.

Un mariage n’est pas toujours synonyme de fête au village…


Article signé des initiales C. B. et F. R.-G. Le Canard Enchainé. 12/10/2022


Une réflexion sur “Désillusion !

  1. bernarddominik 13/10/2022 / 19:27

    Oui comme pour les inter communalités on a souvent rajouté des structures sans supprimer les anciennes, ainsi pour l’urbanisme il existe un service dans ma commune, un au niveau du conseil de territoire un au niveau de la métropole Aix Marseille et un à la préfecture qui tranche certains cas délicats. Avent la loi Deferre il y en avait un par département. Maintenant il y en a une centaine pour les BdR. C’est l’optimisation à la française.

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