Attal et Majorité présidentielle : LPFP, out !

Camouflet sur sa trajectoire budgétaire, la majorité présidentielle n’a plus d’autre choix que de recourir au 49-3 pour faire passer son projet de loi de finances. Un aveu de faiblesse.

À deux heures du matin, Gabriel Attal a rendu les armes devant un hémicycle inhabituellement plein à cette heure de la nuit. « Je veux m’exprimer une dernière fois sur ce texte, a-t-il lâché, l’air épuisé. Ce qui s’est passé ce soir est grave pour notre pays. Le message envoyé, c’est qu’une coalition de l’irresponsabilité a dit que le déficit ce n’est pas grave, que la dette ce n’est pas grave, que la maîtrise des dépenses publiques, ce n’est pas un sujet ! »

Ce 12 octobre 2022, au beau milieu de la nuit, c’est un petit séisme qui s’est produit au cœur de l’Assemblée nationale. La droite Les Républicains (LR), l’extrême droite et la gauche ont mis en minorité les macronistes huit fois d’affilée, vidant de sa substance la loi de programmation des finances publiques, qui fixe la trajectoire budgétaire des cinq prochaines années. « Une grande victoire » pour la gauche, a tweeté l’Insoumis Manuel Bompard ; une séquence « absolument irresponsable » pour la présidente du groupe Renaissance Aurore Bergé, qui n’a pas caché sa colère.

Quatre heures plus tôt, les débats en séance avaient déjà mal commencé, plusieurs élus accusant le rapporteur général du texte, Jean-René Cazeneuve, de présenter un budget « insincère », minimisant l’inflation et gonflant artificiellement les perspectives de croissance.

Les articles concernant le financement des collectivités locales ont ensuite fini d’enterrer toute possibilité de compromis, gauche et droite reprochant en chœur au gouvernement de vouloir user de la menace de sanctions budgétaires pour forcer des collectivités, déjà prises entre le marteau de l’inflation et l’enclume de l’explosion des budgets de l’énergie, à se serrer plus encore la ceinture. Une tentative de « mise sous tutelle » de la démocratie locale, dénonçaient, mercredi matin, plusieurs députés de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) joints par Médiapart, pointant l’attitude d’une majorité « technocratique », coupée des réalités de terrain.

Le déni de la majorité

Si l’échec sur le vote de la loi de programmation des finances ne revêt pas une importance capitale, la soirée a démontré, une nouvelle fois, l’extrême fragilité d’une Macronie sans majorité absolue au Palais-Bourbon. « Vous pensez toujours avoir raison contre tout le monde, mais si l’intégralité des oppositions ont voté contre le texte, c’est parce que c’est vous qui avez tort ! », a lancé Marine Le Pen (Rassemblement national – RN) au milieu de la soirée, quand la députée LR Véronique Louwagie a reproché à la majorité sa manie de « donner des leçons ».

La gauche n’a pas été en reste, l’Insoumis David Guiraud estimant que « la soirée [avait] agi comme un révélateur : vous ne savez pas perdre ! », tandis que le communiste André Chassaigne pointait un doigt accusateur vers les bancs de la majorité : « Vous n’avez pas à traiter les députés d’irresponsables ! Vous vous comportez comme un insolent vis-à-vis de la responsabilité nationale ! »

[…]

Quoi qu’il en soit, le psychodrame de la loi de programmation est également interprété comme une manœuvre destinée à justifier le recours au 49-3, considéré par les oppositions comme un passage en force paradoxalement synonyme d’aveu de faiblesse. […]

La seule incertitude réside dans le moment où ce 49-3 sera dégainé. Dès cette fin de semaine ? […]


Pauline Graulle. Médiapart. Source (Courts extraits)


3 réflexions sur “Attal et Majorité présidentielle : LPFP, out !

  1. bernarddominik 13/10/2022 / 08:34

    Un budget c’est un tout, on ne peut modifier un point sans devoir en revoir un autre. On se retrouve donc devant un budget incohérent, il manque en France une vraie autorité budgétaire indépendante du gouvernement le sénat aurait pu remplir ce rôle si on avait imposé à tout candidat sénateur des connaissances en matière de comptabilité publique et d’économie. Malheureusement on a des députés et des sénateurs peu au fait de l’économie et de la comptabilité

    • Libres jugements 13/10/2022 / 10:28

      Deux points me semble important suite à ton commentaire Bernard.
      1) Il s’agit de faire voter par les assemblées, un programme budgétaire et je ne vois aucune interdiction à ce que des amendements fassent »glisser » tel montant accroché à telle ministère vers un autre… Exemple : Diminuer les budgets de la santé, de l’éducation, de la culture pour augmenter celui des armées – attention ce n’est qu’un exemple… Bien que…
      2) La Vᵉ constitution, laisse les dernières décisions d’orientations au gouvernement. Les députés sont de facto, « dépouillés » de réels pouvoirs de décision. C’est bien la constitution qu’il faut changer en rappelant aussi que l’UE « exige » un budget n’excédant pas 3% du PIB.

      Michel

  2. bernarddominik 13/10/2022 / 22:04

    Oui je suis d’accord sur le principe du moment que la cohérence soit maintenue. Il y a une mesure que j’approuve l’imposition des sur bénéfices mais j’aurais trouvé plus logique une règle générale dissuasive qu’une proposition de taxe ciblée, car les pétroliers sont loin d’être les seuls à abuser, par exemple au delà de 10% du CA ou des fonds propres on taxe avec une progressivité.
    Je trouve que nos députés manquent de vision globale, ce sont des professionnels du sparadrap ils bouchent un trou et en créent un autres, c’est pourquoi je ne suis pas sur que la façon dont est voté le budget soit une garantie d’efficacité. Mais je suis d’accord sur le point que le parlement était devenu une chambre d’enregistrement. Mais aujourd’hui est ce mieux? Pour l’instant je n’ai pas le sentiment que le gouvernement sache où il va.

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