Jimmie Akesson

Suède à droite, droite…

Il a pris quelques kilos et n’a rien fait pour les perdre. Il a l’air encore plus pépère comme ça, Jimmie Akesson, si jovial quand il lance à ses militants : « Vous êtes formidables, nous sommes formidables », juste après une nouvelle percée électorale aux législatives qui fait désormais de son parti, avec 20,6 % des voix, la deuxième force politique du pays.

Les Démocrates de Suède (DS) ne cessent d’arrondir les angles depuis quinze ans. Pari gagnant. [ Toutes coïncidences avec la posture d’un RN est fortuite. MC]

Il y a une quinzaine d’années, donc, on comptait encore dans leurs rangs des gars très tatoués et pas trop présentables, et un nombre certain de cadres qui avaient du mal à cacher leur tendresse pour le national-socialisme. Quand il accède à la tête du parti, en 2005, à la faveur d’un compromis entre différentes factions des DS qui mettent fin à leurs luttes, le jeune Jimmie débarque avec sa bande de potes et fait un sérieux ménage. Dehors, les nazillons, dehors, les suprémacistes blancs, les adeptes d’un rock viking aux valeurs modérément progressistes. Le vocabulaire, lui, ne change pas, mais chaque chose en son temps. Jimmie devient député en 2010, il n’a que 33 ans. A cette époque, il regrette encore « une Suède ethniquement homogène » et en pince pour Jean-Marie Le Pen et Jorg Haider, le leader ultranationaliste et pangermaniste qui dirige à l’époque le FPO. C’est son modèle, enfin un grand homme, il s’enthousiasme, appelle à acheter autrichien.

Le nazisme, c’est has been

Le parti peine à sortir de la marginalité ; aussi, Jimmie appuie sur le champignon. Mes amis, non seulement c’est fini les casques à pointe, les bruits de bottes, les saluts le bras levé, tout ça, mais je vous annonce un nouveau tournant : même le racisme, c’est dépassé. Les jeunes ne nous suivront jamais si on continue comme ça. Jimmie purge peu à peu le programme des Démocrates de Suède de toute référence ethnique. Mes amis, notre nouveau combat, c’est la culture. Lâchons le nationalisme ethnique, vive le nationalisme culturel.

Effectivement, ça se vend mieux dans un pays qui a porté presque systématiquement au pouvoir les sociaux-démocrates. Le parti, qui dépasse difficilement 4 % des voix en 2010, devient la troisième force du pays en 2014. En 2018, nouvelle percée, mais insuffisante. Il parvient néanmoins à faire sauter le cordon sanitaire : les Démocrates entrent dans des conseils municipaux et régionaux.

La percée est lente mais continue. Jimmie le cool fait enlever la flamme du drapeau du parti. C’est la vieille école, mes amis, remplaçons-la par une fleur aux couleurs de la Suède, ça va plaire à la presse de gauche, sauront pas quoi dire. Il renonce au « Swexit ». Et il parle de lui. Il aime les pizzas-frites, d’où son petit bedon, et il est accro aux jeux en ligne. Sentant venir une nouvelle percée électorale, et la lumière des projecteurs, il récrit un peu son passé, raconte qu’il a rejoint les rangs des DS en 1995, quand le parti commençait lentement sa mue. Mais il semblerait qu’il ait adhéré quelques mois avant et qu’il ait fondé une branche locale des Démocrates de Suède. A l’époque où ils étaient dirigés par un ancien du Parti du Reich nordique… Oups.

Que veut-il ? Il fait encore profil bas. Pas de poste, non, juste un pacte qui respecte ses idées. Il promet un soutien sans participation, en échange d’un nouveau durcissement de la politique d’immigration et d’une politique sociale plus généreuse. Akesson peut se frotter les mains. D’abord parce que le probable futur Premier ministre, le Modéré Ulf Kristersson, a moins de députés et lui devra son poste. Sympa, d’être le marionnettiste de son camp. Ensuite parce que, dans un pays où la violence explose, une bonne partie de la classe politique est désormais sur sa ligne.

Sages types

L’ex-Première ministre a admis récemment que l’intégration des immigrés était, pour l’instant, un échec. Et une réunion, la semaine dernière, du groupe centriste (Renew) au. Parlement européen a été houleuse. « il y a eu un moment de silence quand les libéraux suédois, interrogés sur leur alliance électorale avec les Démocrates de Suède, ont ouvertement fait le lien entre immigration et criminalité », raconte un eurodéputé français.

Jimmie Akesson ne sera pas ministre, pas cette fois-ci. Il n’a rien contre la présidence du Parlement suédois. « Il est tellement rassurant que personne ne le qualifie d’extrême droite à Bruxelles ; quand on parle de lui, on dit « populiste » ou « réac ». Globalement, ces types sont très sages ici, et ils passent bien », s’amuse un fonctionnaire européen. « Ils ne vont pas remettre en question leur entrée dans l’Otan, ni remettre la sortie de l’Europe sur le tapis. Bref, personne ne s’inquiète », confirme Jean-Louis Bourlanges, le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée.

Un ripolinage pareil, Marine en rêvait, Jimmie l’a fait.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé 21/09/2022


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