Tourner la page, SIOUPLAIT !

Ils sont tous devenus dingues ou quoi ?

Passe encore que les Anglais aient enduré des heures de queue pour saluer la royale dépouille. Mais, les Français, ces républicains de plus de 230 ans d’âge, pourquoi ont-ils rampé ainsi de­vant le cercueil de la British Queen ? « Chagrin d’apprendre la mort de notre Reine… » a tweeté Arielle Dombasle. « Notre Reine » ? On a pu finir par le croire : des télés en boucle, des émissions spéciales à tire-larigot, des numéros exceptionnels de tous les journaux, une station de métro rebaptisée « Elizabeth-II », un pays où l’intelligence est en (Stéphane) Bern, n’en jetez plus, la coupe est reine.

Pourquoi les Français, qui ont coupé la tête à leur roi et à leur reine, ont-ils pleuré ainsi la couronne de la perfide Albion ? La mauvaise conscience du peuple régicide ? Messieurs les Anglais ont tranché les premiers, et ils ne s’en sont jamais vraiment remis.

La République, chez eux, n’a tenu que onze ans, et, après avoir décapité leur Charles Iᵉʳ, ils ont vite réinstallé Charles II, pour finir, quatre siècles plus tard, avec Charles III. Les Français, eux, ont attendu vingt-deux ans pour rétablir la royauté après leur première République, et Charles X a été remplacé un siècle et demi plus tard par Charles de Gaulle.

Un monarque républicain qui, à chaque élection, fait croire à ses électeurs qu’il a tous les pouvoirs. C’est la différence avec les British : ils ont un roi qui ne trahit jamais ses promesses puisqu’il ne gouverne pas. Ça aide pour sa popularité. Encore plus quand le roi est une reine.

Car la République française manque cruellement de femmes. Aucune présidente ne s’est jamais invitée dans le jeu, et, de Tante Yvonne à Brigitte Macron, aucune première dame n’a jamais égalé une princesse de conte de fées. Grace Kelly sortie de route à Monaco, il ne restait plus qu’Elizabeth pour tenir le rôle. A force de s’afficher en tête de carrosse pendant soixante-dix ans, elle a fini par entrer dans tous les foyers. Voilà qui soulève des larmes, le jour du décès.

La royauté raconte des histoires de famille qui prolongent les contes de fées de l’enfance. Quand on découvre que les puissants ont des malheurs, des divorces, des accidents, des deuils, des enfants qui se jalousent ou qui font la grimace en mondovision, on s’identifie et on compatit. La République, bonne fille, a, elle, beaucoup plus de mal à s’incarner dans des personnalités. « La République, c’est moi », dit Mélenchon. C’est sûr que ça fait moins rêver.


Article signé des initiales  J-M. Th. Le Canard Enchainé. 21/09/2022


Laisser un commentaire