L’ex de Sarko et l’affaire libyenne…

C’est la première fois que Cécilia Attias, ancienne femme de l’ex-président Sarkozy, s’épanche de la sorte, sur procès-verbal, dans le cadre d’une enquête pénale – et pas n’importe laquelle.

Cécilia Attias, qui a partagé au total plus de vingt ans de la vie de l’ancien chef de l’État – ils ont été mariés de 1997 à 2007 et ont eu un fils ensemble –, a par ailleurs tenu devant les policiers des propos sans concession sur la garde rapprochée de l’ex-président de la République, qu’elle ne tient de toute évidence pas en haute considération.

Par exemple sur Thierry Gaubert. Ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly-sur-Seine puis au ministère du budget – les deux hommes étaient « très proches, copains », d’après Cécilia Attias –, Thierry Gaubert est mis en examen pour « association de malfaiteurs » dans l’affaire libyenne. Il lui est notamment reproché par les juges d’avoir perçu, en 2006, sur un compte secret aux Bahamas, 440 000 euros d’argent libyen, envoyés par un cacique du régime Kadhafi condamné en France pour terrorisme.

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Au sujet du même Gaubert, Cécilia Attias a également déclaré : « Je n’ai jamais été très fan. Je ne sais pas pourquoi, mon instinct… Ni lui, ni Brice Hortefeux d’ailleurs. C’était un ami de Nicolas, je respectais, mais voilà… J’avais mes amis à moi. »

 […] Brice Hortefeux est lui aussi mis en examen dans l’affaire libyenne, pour « association de malfaiteurs » et « financement illégal de campagne électorale ».

Or, quand les enquêteurs ont détaillé le 1ᵉʳ juin 2022 à Cécilia Sarkozy la nature des relations de Brice Hortefeux avec l’intermédiaire Ziad Takieddine, qui fut l’agent de liaison occulte du clan Sarkozy avec le régime Kadhafi, elle a réagi sans détour : « Cela me paraît surréaliste. Je n’ai pas le même respect pour Brice Hortefeux que j’ai pour Claude Guéant [mis également en examen dans l’affaire libyenne, condamné dans l’affaire des sondages de l’Élysée et définitivement condamné dans l’affaire des espèces du ministère de l’Intérieur – ndlr]. » […]

Et de préciser : « Brice est l’ombre de Nicolas Sarkozy depuis toujours […]. Brice Hortefeux n’a eu de carrière que dans le sillon de Nicolas Sarkozy. Tous les postes qu’il a obtenus lui ont été donnés par Nicolas Sarkozy. » L’ancien président, qui a un jour comparé Brice Hortefeux à un « frère » dans un livre, est d’ailleurs présenté par son ancienne épouse comme « très fidèle en amitié ». […]

Mais la stupéfaction de Cécilia Attias a semblé plus grande encore quand les enquêteurs lui ont expliqué que leurs investigations ont permis d’établir que Brice Hortefeux, alors ministre des collectivités locales, avait rencontré secrètement en Libye le terroriste d’État Abdallah Senoussi – sans diplomate, sans agent de sécurité, sans traducteur, mais avec Takieddine –, quelques jours seulement avant que le Libyen verse un demi-million d’euros sur le compte aux Bahamas de Thierry Gaubert. « C’est hallucinant. Tout ça me dépasse », a-t-elle sèchement commenté.

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Selon l’instruction, Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy Place Beauvau, a lui aussi rencontré en 2005, trois mois avant Hortefeux et dans des circonstances analogues, Abdallah Senoussi, dont l’enquête a établi le rôle central dans les financements occultes de la Libye. Les juges ont par ailleurs récolté de nombreux témoignages et documents montrant que l’équipe Sarkozy s’était activement mobilisée, de 2005 à 2009, pour tenter de faire sauter le mandat d’arrêt international qui visait Senoussi.

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Autre cible de Cécilia Attias durant son audition : Bernard Squarcini, l’ex-chef tout-puissant des services secrets intérieurs quand son mari présidait la République. Seize fois mis en examen dans l’affaire LVMH, Bernard Squarcini est cité (sans être inquiété pénalement) dans le dossier libyen pour avoir orchestré, en 2012, aux lendemains de révélations de Médiapart, l’exfiltration de France d’un autre acteur clé de la corruption franco-libyenne présumée, Béchir Saleh, alors que celui-ci était visé par une notice rouge d’Interpol.

Interrogée sur les liens de Bernard Squarcini avec l’intermédiaire Alexandre Djouhri, qui a été l’un des opérateurs de l’exfiltration de Saleh, Cécilia Attias n’a pas mâché ses mots. S’exprimant de manière générale sur l’ancien maître espion, elle dit : « Squarcini, je l’ai connu, mais ce n’est pas quelqu’un envers qui j’ai énormément de respect. Squarcini, ce n’est pas le genre que la France mérite […]. Je pense que la République, il faut la respecter. »

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 […] Interrogée sur le rôle de Takieddine dans le dossier des infirmières bulgares – l’enquête a obtenu des témoignages et documents qui prouvent sa présence sur place et son lien constant avec l’Élysée –, Cécilia Attias a dit n’en avoir jamais rien su.  […]

En 2013, un proche de Nicolas Sarkozy, le publicitaire Jean-Michel Goudard, a mis en doute la réelle efficacité de Cécilia Attias dans la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien. « Envoyer [Cécilia Attias – ndlr] aux infirmières bulgares qui étaient déjà libérées… Enfin je veux dire… On a vu des trucs incroyables », s’était ému Jean-Michel Goudard auprès du préfet Michel Gaudin,  […] , lors d’une conversation téléphonique captée par la police.

 « Ce n’est absolument pas vrai, je ne sais pas pourquoi il a dit une bêtise pareille », a réagi Cécilia Attias le 1ᵉʳ juin 2022 dans les locaux de la police.


Fabrice Arfi et Karl Laske. Médiapart. Source (Extraits)


Une réflexion sur “L’ex de Sarko et l’affaire libyenne…

  1. bernarddominik 21/09/2022 / 09:44

    La naïveté de Cécilia est confondante. Kadhafi n’a pas libéré les infirmières bulgares pour ses beaux yeux. Tout était réglé en coulisse.

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