Chamboule-tout hospitalier en Haute-Marne

L’ex-préfet de la Haute-Marne Joseph Zimet, ancien brillant communicant de Macron à l’Élysée, peut se vanter d’avoir mis de l’ambiance en se mêlant de réorganiser l’offre hospitalière de son département.

Des manifs ont rassemblé un quart des 8 000 habitants de Langres : du jamais-vu dans la petite cité, ville natale de Diderot ! Bérangère Abba, secrétaire d’État à la Biodiversité sous Castex, qu’il avait impliquée dans son projet, peut lui dire merci. Elle s’est fait souffler son siège de députée LR-EM par un parachuté du RN, Christophe Bentz, qui n’avait jamais mis les pieds dans ce département mais a tout de suite compris qu’il devait faire campagne sur le thème de la santé !

Tout a démarré au printemps 2021, lorsque Zimet a décidé de lancer, avec l’agence régionale de santé (ARS) du Grand Est, une concertation pour « construire la future offre de soins sur le territoire » du Sud haut-marnais. Le président du conseil départemental, Nicolas Lacroix (LR), a proposé de construire un nouvel hôpital à Chaumont et s’est dit prêt à mettre la main à la poche, grâce à la manne liée au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (30 millions d’euros par an).

Cette « conférence santé » a abouti en fin d’année à la décision (en fait imposée par l’État et son serviteur Zimet) de maintenir les deux hôpitaux de Chaumont et de Langres, mais avec « une gradation des soins » : Chaumont a droit à un hôpital tout neuf, Langres conservant juste les urgences de jour mais perdant son activité de chirurgie et de nombreux lits. D’où la fureur locale…

Sain Véran et faux prophète

Le coût de ce projet a été évalué par l’ARS entre 150 et 180 millions d’euros. Et l’Etat, toujours munificent, a décidé d’apporter une aide de 66,2 millions d’euros dans le cadre du Ségur de la santé. Mais, sur cette somme, 26 millions doivent être consacrés à l’assainissement financier des établissements, principalement celui de Chaumont, qui perd chaque année environ 11 millions d’euros !

Pour faire passer la pilule, le préfet Zimet a fait venir à ses côtés Bérangère Abba, même si le dossier ne relevait pas de son secteur ministériel. Et il l’a fait bénir à distance par le ministre de la Santé d’alors, Olivier Véran, qui s’est réjoui en visioconférence que des solutions émergent pour résoudre « une situation parmi les plus compliquées de France »…

Bilan, huit mois plus tard : le préfet n’est plus là, le ministre de la Santé a changé, Bérangère Abba n’est plus ni ministre ni députée, et la circonscription a basculé vers le RN. Et l’hôpital de Chaumont est loin d’être sauvé, car les Langrois et les villageois du sud de la Haute-Marne risquent fort de préférer aller se faire soigner au CHU de Dijon, implanté à une soixantaine de kilomètres, plutôt qu’à Chaumont, situé à 35 km de Langres. Pour preuve, la fermeture de la maternité de Langres, en 2016, n’avait pas profité à la maternité de Chaumont, mais à celles de Dijon et Vesoul.

Quitte à construire un nouvel hôpital, certains suggèrent de l’implanter à Rolampont, à une dizaine de kilomètres de Langres et à 25 km de Chaumont, tout près de l’autoroute qui conduit à Dijon, ce qui permettrait aux médecins du CHU de venir plus facilement consulter et opérer. Mais l’idée de construire un nouvel hôpital en rase campagne avait déjà été émise par l’État il y a quinze ans, avant d’être enterrée après une série de grosses manifs dans les rues de Chaumont, à l’époque.

Bon courage aux successeurs du préfet et des ministres qui doivent désormais gérer ce beau bazar ! Zimet a, depuis, quitté la Haute-Marne (à sa demande) pour s’occuper à Paris de la cellule interministérielle de crise consacrée à l’accueil des déplacés d’Ukraine…

Un sujet moins casse-gueule ?


Louis Colvert. Le Canard enchainé.24/08/2022


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