L’acronyme CNR-Macrounet tombe de haut

Depuis des décennies les actes et avancées sociales du Conseil National de la Résistance ont été attaqués par les divers gouvernements pour seoir aux patrons, entrepreneurs et actionnaires, ; Macrounet n’y déroge pas avec son Conseil National de la Refondation (CNR). MC

Le CNR sauce Macron tourne au vinaigre

Le conseil national de la refondation (CNR) n’est pas encore lancé qu’il est déjà déserté. À part les membres de la Macronie et quelques syndicats, personne ou presque ne viendra, jeudi, à la séance inaugurale qui doit se tenir à Marcoussis, dans le centre d’entraînement du XV de France de rugby.

Un lieu choisi par les communicants de Macron pour surfer sur les valeurs sportives de solidarité et de cohésion, avec cette idée : il n’existe qu’une seule équipe de France, même en politique.

Sauf qu’Emmanuel Macron a trop dicté son jeu pendant cinq ans, sans faire de passe à personne, méprisant partis d’opposition, syndicats et associations, pour que ceux-ci soient dupes de la manœuvre. Combien de fois le président de la République a-t-il promis qu’il allait « écouter » et « coconstruire », des gilets jaunes à la réforme des retraites en passant par la convention citoyenne pour le climat et la lutte contre le Covid, avant de décider tout seul dans le secret de son bureau ou de son bunker élyséen ?

[…]

Pour « les républicains », la ficelle est un peu grosse

[…] … même dans les rangs de la Macronie, le dispositif peine à convaincre. Si le parti d’Édouard Philippe, Horizons, sera représenté jeudi, l’ancien premier ministre ne souhaite pas y participer. Son entourage a même fait savoir qu’il «  ne croit absolument pas au CNR ».

Certes, Renaissance et le Modem seront de la partie. Mais c’est bien la moindre des choses. C’est d’ailleurs François Bayrou, dont le bilan comme haut-commissaire au Plan n’a rien de flamboyant, qui a été nommé secrétaire général de ce CNR.

Drôle de signal, puisque l’ex-ministre, contraint de démissionner en 2017 à la suite d’une enquête de justice, est censé devenir le garant d’une prétendue refondation démocratique. Il devra passer cinq thèmes en revue : « le plein-emploi, l’école, la santé, le bien-vieillir et la transition écologique ». Mais avec qui ?

Les fins de non-recevoir se multiplient.

Chez LR, qui a joué le jeu cet été en apportant son soutien à différents textes au Parlement, on considère la ficelle du CNR un peu grosse. « Le président est le garant des institutions, mais il les méprise et tente de les contourner », tance le président du groupe LR à l’Assemblée, Olivier Marleix.

Même son de cloche du côté du président du Sénat, Gérard Larcher, qui a envoyé un courrier au chef de l’État pour décliner l’invitation en dénonçant la « confusion des rôles » à l’œuvre.

Peu de chance de convaincre davantage à gauche. « Nous avons toujours été dans un état d’esprit de dialogue. Mais je n’accepterai jamais de servir de prétexte quand il y a tant d’urgences sur la vie chère, l’énergie, le climat… » tranche Fabien Roussel. […]

« Comme pour la convention citoyenne pour le climat, c’est le monarque républicain seul qui décidera de ce qu’il fera des propositions, et nous savons ce qu’il advient du “sans filtre” », assure la députée FI Mathilde Panot, alors que dès juin Jean-Luc Mélenchon décelait dans l’initiative élyséenne la « saison 2 du grand blabla ».

Avant même la décision du PS, prévue ce mardi, Olivier Faure s’est lui aussi montré des plus sévères, car, dit-il, « chat échaudé craint l’eau froide » : « Après le grand débat qui a été un long monologue, la convention citoyenne qui n’a pas été respectée, on ne voit pas très bien pourquoi on accepterait – parce que l’Assemblée ne lui plaît pas – qu’Emmanuel Macron en crée une nouvelle à sa main. » Pour le premier secrétaire du parti à la rose, la « confiance manque » et le risque est grand de se laisser piéger dans « une telle opération de communication ». « Il va chercher à mettre en scène la concertation afin de montrer que lui est ouvert et que ce sont les autres qui bloquent », analyse-t-il.

Regrettant l’absence de « feuille de route, alors que dans le même temps se profile un agenda parlementaire marqué par les régressions sociales et la part belle faite au discours de l’extrême droite associant immigration et insécurité », l’écologiste Julien Bayou a envoyé de son côté une missive à l’Élysée pour « surseoir » à l’invitation.

Côté syndicats.

Pour tous, il s’agit d’une façon de contourner le Parlement. Sans oublier le Cese, dont la réforme avait justement pour but revendiqué d’en faire une chambre citoyenne. Son président, Thierry Beaudet, se rendra au CNR « sans posture, mais sans naïveté ». « Ce ne doit pas être le conseil national de l’avalisation », affirme celui qui invite à faire « la plus grande clarté sur les objectifs, la méthode et les débouchés du CNR ».

En attendant, la liste des invités n’a cessé de changer au gré des refus et des atermoiements de l’exécutif.

Reste que, côté syndicats, la CFDT (comme toujours vassale du pouvoir) devrait participer. « On jugera aux actes », prévient son dirigeant, Laurent Berger. « Ce CNR, ça fleure bon l’escroquerie », mesure François Hommeril pour la CFE-CGC, qui sera bien à Marcoussis, mais avec scepticisme, tout comme la CFTC. FO ne s’est pas encore décidée. Et la CGT se prononcera ce mardi. « Nous n’irons vraisemblablement pas. Leur CNR, ça sonne complètement faux. On sait très bien que ce n’est pas pour mettre en place une démocratie participative, ni même représentative. Et il est hors de question de servir de caution aux politiques de Macron », expose Céline Verzeletti (CGT). […]

Concerter pour mieux ignorer

Les syndicats, pour Emmanuel Macron, c’est un peu comme les maires. Au début, il n’en avait rien à faire. Puis il s’est dit que, pour la forme, il fallait peut-être ne pas trop les prendre de haut. Donner des gages de « concertation », de « dialogue » et de « main tendue ». 

[…]

La convention citoyenne pour le climat. La promesse vite oubliée du « sans filtre »

Pour la première fois, une loi climat devait être entièrement écrite à partir de propositions citoyennes. Au total, 150 personnes tirées au sort se réunissent pour réfléchir à des mesures censées réduire d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale. En juin 2020, elles transmettent, après de longs mois de travail, 149 recommandations à Emmanuel Macron, qui s’engage à les reprendre « sans filtre » par la loi ou la convocation d’un référendum.

En réalité, un mur s’érige rapidement face aux exigences de la convention. L’Élysée écarte d’emblée l’instauration d’une taxe de 4 % sur les dividendes, la limitation à 110 km/h sur les autoroutes et l’introduction en préambule de la Constitution de la préservation de l’environnement.  « Emmanuel Macron a complètement ignoré nos propositions, c’est très décevant au regard des enjeux climatiques. On a l’impression que le gouvernement s’est servi de nous pour soigner sa communication », déplore William Aucant, ancien membre de la convention citoyenne pour le climat, désormais conseiller régional d’opposition en Pays de la Loire. […]

  • Dans un second temps, la majorité continue de détricoter à l’Assemblée les quelques propositions restantes, lors de l’examen de la loi sur le climat. L’interdiction de nouvelles zones commerciales sur des sols naturels ? C’est non, grâce à de larges dérogations.
  • La taxation des engrais azotés ? Même refus.
  • La rénovation énergétique des logements ? Au minimum.

En décembre 2020, Emmanuel Macron avait déclaré devant la convention citoyenne pour le climat : « La rénovation énergétique est un sujet sur lequel on peut gagner ou perdre la bataille climatique. »

Mais il y a toujours loin en Macronie de la parole aux actes.


Julia Hamlaoui Aurélien Soucheyre. Source (Extraits)


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