La dotation d’armes à L’Ukraine…

C’est en juillet que les services de l’Otan ont dressé ce constat : les quelque 50 alliés de l’Ukraine qui se sont engagés à lui fournir les moyens de combattre l’armée russe sont loin de tous tenir parole.

Les dirigeants de l’Union européenne ont, eux aussi, évoqué une grave diminution de ces livraisons. Explication partielle mais incontestable : le relatif « épuisement » des stocks d’armements américains, européens et autres.

Les Etats-Unis, par exemple, qui ont fourni jusqu’à 56 % du montant total des matériels destinés aux combattants ukrainiens, ont décidé de ne plus rien prélever au sein de leurs arse­naux.

Résultat : le président Zelensky et ses généraux devront désormais dépenser les milliards de dollars offerts par Washington en passant directement leurs commandes d’armes auprès des industriels américains. Et patienter le temps nécessaire à leur fabrication et à leur livraison.

Ce n’est pas la seule mauvaise nouvelle enregistrée à Paris par les diplomates et les officiers français en poste à l’Otan. A les en croire, Jens Stoltenberg, le secrétaire général de cette al­liance militaire, ne se gêne pas pour « dézinguer » Emmanuel Macron, qu’il accuse de n’avoir pas fait suffisamment d’efforts pour armer l’Ukraine et d’avoir trop souvent tenté d’amadouer Vladimir Poutine.

Voilà deux semaines, en présence de ses proches collaborateurs, Stoltenberg s’est de nouveau lâché. Il leur a confié que, en valeur exprimée en dollars, Paris n’avait pas fourni à Kiev davantage de matériels militaires que le petit Danemark. A l’entendre, l’Allemagne, elle, aurait armé les Ukrainiens dix fois plus que la France.

Promesses en toc

Macron n’ignore rien de ces propos venimeux. Stoltenberg n’a toujours pas digéré la fameuse déclaration du président français à l’hebdomadaire britannique « The Economist » : « L’Otan est en état de mort cérébrale » (7/11/21). Mais les accusations qu’il porte contre lui sont un tantinet exagérées, d’autant que, sans prétendre tout connaître de ce flot de missiles, d’obus et de canons reçus par l’Ukraine, il faut bien être conscient que personne ne joue franc jeu en ce domaine.

Un bon nombre d’alliés de Kiev se sont en effet spécialisés dans les « effets d’annonce » — on promet d’envoyer beaucoup d’armes, sans jamais passer à l’acte. Macron, lui, se signale souvent par des déclarations fracassantes, voire belliqueuses, alors que la France se montre incapable d’apporter une aide importante à l’armée ukrainienne.

À la différence des États-Unis et de la Grande-Bretagne, qui ont toujours rendu public leur soutien à Kiev, Macron a toujours entretenu le flou, voire l’opacité, sur les livraisons françaises. « Sans doute pour maintenir le contact avec Vladimir Poutine », estime un expert militaire.

Exemples : à partir du 24 février, date du début de l’invasion, la France a notamment fourni à l’Ukraine, « et dans la plus grande confidentialité », des missiles antichars Milan et Javelin, des mines antichars, des ponts mobiles, des missiles sol-air Mistral, des stocks de munitions, des blindés légers, des systèmes de vision optique infrarouge et, ce qui est désormais bien connu, 18 canons Caesar à grande cadence de tir (plus du quart de ceux détenus par l’armée française). Aujourd’hui, soit dit en passant, l’état-major de l’armée de terre revendique de pouvoir aligner 225 de ces fameux canons en cas de guerre « de haute intensité ».

 Autre soutien discrètement accordé par la France aux Ukrainiens : des éléments de renseignement opérationnel obtenus grâce au réseau de satellites d’observation CSO, Pléiades et Helios.

Reste que ce méchant spectacle n’est pas près de se terminer.

Le 24 août, Colin Kahl, le sous-secrétaire américain à la Défense, a affirmé que le Pentagone entendait « densifier » l’instruction, l’entraînement et le perfectionnement de soldats ukrainiens dans les Etats voisins de la Russie qui hébergent des officiers US. De quoi tenir le choc, selon lui, « durant les douze, vingt-quatre ou trente-six mois prochains » que va encore durer la guerre.


Claude Angeli. Le Canard enchaîné. 31/08/2022


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