Recherches vertes…

Ce week-end se tenaient les Journées d’été des écologistes, mais aussi les universités d’été de tous les autres partis de la Nupes. Comme La France insoumise fait déjà beaucoup parler d’elle, on a choisi Europe Écologie-Les Verts, car on était intrigués par sa volonté de refondation. On a rencontré des écolos perdus, en mode gueule de bois post-élection présidentielle ratée, et désespérés face aux conséquences du réchauffement climatique qui se fait de plus en plus ressentir, sans que cela ne se traduise pour eux dans les urnes.

Rien à voir avec l’ambiance de l’année dernière. Nous y étions aussi, c’était à Poitiers, les écolos venaient de gagner nombre de villes, ils se voyaient en leaders de la gauche pour l’année de la présidentielle qui se profilait. Las, les électeurs en ont décidé autrement. Un an après, dans les allées de ces Journées d’été, qui se déroulent à Grenoble – dont le maire, on le rappelle, est l’ancien candidat à la primaire Eric Piolle c’est la gueule de bois, le syndrome post-traumatique, les militants errent, l’oeil hagard, dans les travées. On exagère un peu, mais la question « pourquoi ce crash ? » est sur toutes les lèvres. « On a l’impression d’être revenus cinq ans en arrière », dit l’un. « Vingt ans en arrière », ajoute une autre…

Bon, les écolos sont maintenant dans la Nupes. Mais pour certains, ce qui s’est passé à la présidentielle n’est pas digéré. « Les attaques de LFI la semaine d’avant le premier tour, c’était sale. Il y a eu des camarades qui ont fait la campagne de Jadot et qui finalement ont voté LFI, quel désastre ! » nous dit Fanette, militante des Landes. Cette coalition est cependant absente de ces universités d’été, chacun revenant à son existence propre.

Le même week-end, on avait le PS à Blois, le PC à Strasbourg, LFI près de Valence et EELV à Grenoble, donc. Quelques cadres font des apparitions chez les uns et les autres, mais c’est plus compliqué pour les militants. « Les partis se font concurrence, c’est débile. Moi, je voulais faire EELV,  qui se termine le samedi soir, et ensuite LFI le dimanche, mais j’ai vu qu’il y a un meeting de Mélenchon, je ne vais pas y aller pour ça… », nous explique une jeune militante à Grenoble. Ambiance.

Quelques jours avant ce rassemblement, Marine Tondelier, une des cadres d’EELV, a publié une tribune dans le JDD, signée notamment par Yannick Jadot, appelant à «refonder » Europe Écologie-Les Verts. C’est en réalité une motion (ou pré-motion, pour les puristes) qui se prépare pour le prochain congrès, en décembre. Julien Bayou laissera en effet son poste de secrétaire national, car il a été élu député (et les statuts interdisent le cumul des mandats).

Tondelier est favorite pour prendre la tête d’EELV lors de ce congrès. Ces motions, c’est la version « off » de ces universités, chaque camp organise des apéros pour convaincre et sonder les forces en présence. On rencontre une jeune adhérente, Stéphanie, qui se dit un peu « paumée ». Elle trouve la motion de Tondelier « trop molle » sur son positionnement politique, elle est intéressée par une motion classée à l’extrême gauche du parti, appelée « Le souffle de l’écologie », qui a imprimé un tract dans lequel tout le monde est désigné par « Camille », en référence à la manière dont les militants se désignaient dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

«Rien n’est marqué dans le programme officiel, c’est le bouche-à-oreille pour savoir où se trouvent les apéros, il faut être perspicace », nous explique-t-elle. Alors, on part à la recherche d’un apéro de cette motion. D’après le tract, il y en a un de prévu le samedi, à 13 hèures. Mais où ? Un premier attroupement sous les arbres. Non, c’est l’apéro d’EELV du 10e arrondissement de Paris. Un peu plus loin, c’est l’apéro des militants de la Seine-Saint-Denis. Et là? « C’est celui de la commission de défense de la condition animale », nous répond-on. Bon.

On échoue finalement dans un rassemblement qui discute du référendum interne pour modifier les statuts. Le chef de cabinet de la direction du parti vient nous dire que cette discussion n’est pas ouverte à la presse. Ça semble compliqué, décidément, la refondation. « On a des statuts d’un parti minoritaire, alors qu’on ne l’est plus, ce n’est plus possible d’avancer avec ça », entend-on dans cette réunion.

Plus loin (on continue de chercher, hein), on demande à des militants. « Ah ! mais nous, on soutient la motion « Les temps changent », et d’ailleurs, on a un apéro à 14 heures. » C’est la motion portée par Sandrine Rousseau (mais qui ne la représentera pas, puisqu’elle aussi est députée, si vous suivez). On a trouvé un apéro de motion, on y reste !

Rousseau balaye les velléités de changement de statut. « On n’est pas écolo pour changer tel ou tel article du règlement intérieur, mais pour changer le monde », balance-t-elle. Ses partisans louent sa radicalité, continuent de penser que c’était la ligne qui aurait dû l’emporter. Son apéro rassemble du monde, mais beaucoup moins que celui de « La suite » (nom donné à la pré-motion de Tondelier). Celui-là était inratable, quasiment tout le campus s’est vidé pour y assister.

Mais qu’est-ce qui différencie une motion d’une autre, au fait ?

« Pas grand-chose, nous dit-on. On est d’accord sur le fond. C’est surtout la stratégie politique qui change, notamment sur le rapport à la Nupes… » Ainsi, Rousseau a évoqué des accords possibles avec LFI pour les européennes. « Mais on est aux antipodes avec LFI sur l’Europe ! » s’étrangle une élue. « Les motions, on en a ras le bol », nous glisse une adhérente parisienne d’une trentaine d’années croisée – précisons-le – en dehors de tout apéro. « Il faudrait une motion pour arrêter les motions. »

Alors, faut-il refonder, et comment ?

Qu’en pensent les sympathisants? Certains nous lancent, avec un sourire entendu : « Bon, ce sont des mots… » « S’il s’agit d’englober d’autres petits partis comme Génération Écologie, de Delphine Batho, ou Génération s, celui fondé par Benoît Hamon, je ne vois pas trop ce que cela va changer », nous dit un autre. « Pourquoi cette obsession de se réinventer? Tout est là, il faut juste pouvoir appliquer notre politique », poursuit Julie, adhérente depuis deux ans. «

Non, on ne peut pas dire que ça va, on s’est bien plantés à la présidentielle quand même, il faut qu’on se pose des questions », rétorque sa collègue.

C’est en Allemagne qu’EELV cherche des pistes. Lors d’une conférence consacrée précisément à la refondation, la députée franco-allemande Arma Deparnay-Grunenberg explique : « En France, vous avez 20 000 adhérents. En Allemagne, les Verts en ont 135 000. » Clameur de jalousie dans le public. « Là-bas, pas besoin de réadhérer chaque année. C’est comme France Loisirs, quand tu es dedans, tu ne peux pas en sortir comme ça. »

Au-delà de la plaisanterie, que faire ?

« On est mauvais dans le récit, notre discours n’est pas sexy, on oeuvre pour que notre monde soit meilleur, mais on ne sait pas faire passer ce message », souligne Dominique Trichet-Allaire, élue dans les Hauts-de-Seine et conseillère municipale à Malakoff. «On est le parti le plus prêt pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais les gens n’en ont rien à faire », dit Marine, 29 ans, désespérée. D’autres tempèrent et se rassurent : « On est maintenant un parti installé, aux manettes du pouvoir, on a des villes, des députés costauds, on a les moyens d’agir. »

Le plus intéressant, à côté de la politique politicienne, restait les différents ateliers qui émaillaient ces journées, avec les interventions d’ONG ou de députés européens, qui exposaient leur travail trop souvent sous-médiatisé. Ainsi, cette conférence où l’on dénonce l’influence des industries polluantes, comme Lafarge, qui consacrent 31 millions d’euros par an pour des lobbys au Parlement européen.

Dans un atelier « Sauver les forêts », Marie Toussaint, députée européenne, évoque la loi contre la déforestation, actuellement en discussion. Autre axe de réflexion, la lutte contre l’extrême droite en France. Marine Tondelier, cette fois-ci avec sa casquette d’élue d’opposition au conseil municipal d’Hénin-Beaumont (Hauts-de-France), livre cette anecdote qui nous achève : « Le maire d’Hénin-Beaumont a fait venir les Worlds Apart. Les chanteurs n’ont pas manqué de remercier sur scène le maire. Après, les habitants nous disent: « Même les Worlds Apart trouvent que le maire RN est sympa ! »

Il y a du boulot, refondation ou pas.

Laure d’Aussy. Charlie Hebdo 31/08/2022

Laisser un commentaire