Vive la guerre !

La guerre crée des emplois !

Pendant la Première Guerre mondiale, la poudrerie de Bergerac (Dordogne) alimente le front en munitions. Elle emploie 10 200 ouvriers en janvier 1917 et près de 25 000 en 1918. La guerre favorise la parité. La moitié d’ouvriers sont des ouvrières Bretonnes. La guerre promeut la compréhension entre les peuples, les ouvriers mâles sont français, belges; algériens, sénégalais, annamites, serbes et portugais. La guerre dynamise l’apprentissage et la réinsertion.

Le personnel intègre des jeunes personnes âgés de 16 ans, des prisonniers de guerre allemands et des prisonniers de droit commun français. L’après-guerre pollue. Les surplus de poudre B et de fulmicoton ont été immergés dans une ballastière interne. La Dordogne est à côté.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la masse ouvrière de la poudrerie de Bergerac est à l’avenant, composite et paritaire. Le gros des troupes, ce sont encore des femmes, renforcées par la 2ᵉ légion indochinoise et des réfugiés alsaciens.

En temps de paix, la poudrerie de Bergerac réduit la voilure et prépare avec humilité les guerres du lendemain et les guerres des autres.

Sa grande affaire dans ces dernières années a été un mégacontrat de douilles pour l’Arabie saoudite. Les bonnes choses ne durent qu’un temps et, l’an 2019, dans « Le Démocrate indépendant », le journal de Bergerac, le député « En marche » Michel Delpon constate la fin de cette Manne et souhaite, pour relancer la poudrerie en attendant de nouveaux marchés d’exportation; que la ministre des Armées passe une commande substantielle, plus qu’une bouffée d’oxygène.

Michel Delpon n’a pas eu le temps de réclamer pour sa poudrerie de Bergerac la signature d’un contrat pluriannuel avec l’Ukraine car, cette année, au second tour des législatives, il s’est fait balayer par un candidat du « Rassemblement national ».

Un siècle après leur immersion, les déchets détonants et toxiques de 14-18 sont toujours là, par 2 à 3 m de profondeur. En cas de sécheresse extrême ou de vidange inopinée, ça pète.

Bergerac est une bombe. Aux dernières nouvelles, une méthode de travail est envisagée pour procéder à l’enlèvement et a le neutralisation des munitions. La poudrerie super Seveso de Bergerac n’a pas fini de faire l’actualité. Les huit blessés de l’accident du mercredi 3 août 2022 ne sont pas les derniers.


Jacky Bonnemains. Charlie Hebdo 10/08/2022