Rivarol, ce torchon

Des pages inadmissibles, à jeter… même dans les toilettes !

Nous parlions dans un récent article de faire respecter égalitairement les interdictions d’écrits ou de paroles d’extrémistes quels qu’ils soient, de quelques obédiences, ou partis politiques. Nous avons avec cet article un exemple criant. MC


« Si l’on voulait démontrer que la République française est devenue un État ouvertement holocaus-tique (sic) et shoah-tique (re-sic), ne supportant pas la moindre voix dissonante (…), il suffirait de relater ce qui s’est passé ces derniers jours. »

Dès la première phrase de son éditorial daté du 20 juillet 2022, Jérôme Bourbon, directeur de la publication d’extrême droite « Rivarol », donne le ton : plus brun que brun.

Mais quel est donc ce « spectacle hallucinant, auquel nous avons assisté bien malgré nous », qui a courroucé le patron de cet hebdomadaire antisémite ? Eh bien, il s’agit de la commémoration des 80 ans de la rafle du Vél’d’Hiv, le 16 juillet.

« Comme c’était prévisible, l’anniversaire (…) a encore été marqué par des déclarations grandiloquentes et solennelles contre l’antisémitisme. On n’en fait manifestement jamais assez », s’agace Bourbon.

« Le Premier ministre, Elisabeth Borne, poursuit l’éditorialiste (qui ne se remet pas qu’une femme puisse être locataire de Matignon), a appelé à « ne jamais oublier la rafle »; ce qui ne risque pas d’arriver, vu le bourrage de crâne obsessionnel auquel nous sommes continuellement soumis. »

Se souvenir, une fois par an, que 13 152 Juifs, dont 4 115 enfants, ont été arrêtés en quarante-huit heures dans Paris et sa banlieue par la police du gouvernement de Vichy, avant d’être parqués puis déportés vers Auschwitz et exterminés dans leur immense majorité – moins d’une centaine de personnes survivront -, c’est une chose insupportable pour Bourbon. Qui aimerait que cesse la « diabolisation du régime du maréchal Pétain » par Emmanuel Macron et les autres « « forces républicaines » (c’est-à-dire judéocompatibles, voire judéoserviles) ».

Mais le patron de la feuille de chou pétainiste – dont les ventes en kiosques demeurent confidentielles – ne s’arrête pas là. Avant de partir en vacances, Bourbon a tenu à enregistrer une vidéo d’une heure et sept minutes (au secours !), disponible sur le site Internet du journal, dans laquelle il livre ses impressions sur l’actualité politique française et internationale.


Morceaux choisis.

  • Sur la révocation du droit à l’avortement par la Cour suprême américaine

« C’est une victoire considérable (…). Alors, évidemment, il faut compter sur les démocrates, sur le camp de la culture de mort, pour essayer de contourner au maximum cette décision. D’ailleurs, comme le fait souvent la gauche fanatique et hystérique dans ce genre d’affaires, les adresses personnelles des juges [de la Cour suprême] ont été divulguées, on a dit où ils allaient à la messe… » Jésus, Marie, Joseph !

  • Sur la volonté de la majorité d’inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution

Il y a « quelque chose de profondément anti-christique et satanique » dans l’avortement, soutient Bourbon. Avant de regretter : « On est dans une République abortive, c’est la République de Simone Veil, c’est la République de Gisèle Halimi, toutes deux d’ailleurs de la communauté, hein, j’y peux rien. » Puis de conclure : « Il y a le dogme shoahtique, le dogme holocaustique et le dogme abortif; ça va ensemble, d’ailleurs. »

  • Sur la « persécution » dont serait victime « Rivarol »

Le 4 mai, l’hebdomadaire « Rivarol » s’est vu retirer son agrément par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), une décision qui le prive des avantages du régime économique de la presse : un taux réduit de TVA à 2,1 % sur toutes les ventes et des tarifs postaux privilégiés. Le règlement de la CPPAP prévoit en effet que les  « publications négationnistes, incitant à la haine raciale », ne peuvent bénéficier de ce régime.

Réaction de Bourbon, déjà condamné une quinzaine de fois, notamment pour contestation de crimes contre l’humanité et provocation à la haine envers les Juifs : « Les milieux sionistes, depuis plusieurs années, sur les réseaux sociaux, veulent notre mort, notre asphyxie (…). C’est un honneur de les combattre, et, comme dit Dieudonné, moi, je leur pisse dans la bouche. » Charmant.

  • Sur la « montée de l’homosexualité » (sic)

«Le lobby LGBT est promu par l’Education nationale (…). Il y a une volonté de détruire la jeunesse, l’enfance et l’humanité en général. » Rien de moins. « Il y a une montée de l’homosexualité, du lesbianisme, des transgenres, même dans les collèges et les lycées. J’ai des témoignages absolument ahurissants, multiples et convergents, même dans le fin fond de la province (…). C’est quelque chose qui est inouï et qui va à une vitesse déconcertante. » Vous n’imaginez pas !

  • Sur les « folies » contemporaines

« On voit que les folies s’additionnent les unes aux autres », note Bourbon.

Parmi ces « folies », « les dogmes réchauffistes, l’écologisme », la vaccination obligatoire, le « LGBTisme » ou encore l’« antiracisme unilatéral ».

Mais, à ses yeux, la « matrice de toutes les folies » reste « les déportés de la Shoah venant [témoigner devant les élèves] en classe ».

On s’arrêtera là : la coupe est pleine.


Article signé des initiales C. B. Le Canard Enchainé. 03/08/2022


Une réflexion sur “Rivarol, ce torchon