Hôpitaux et Services d’Urgences … La réalité !

« Nous sommes au bout du bout » au secours !

« Il n’y a pas de fermetures d’urgences. » En déplacement au CHU de Nantes (Loire-Atlantique) mercredi 03/08/2022, le ministre de la Santé, François Braun, a balayé d’un revers de la main la situation catastrophique de nombreux services hospitaliers du pays.

« Il faut arrêter avec ce terme qui est tout le temps utilisé et qui fait peur », a-t-il poursuivi, préférant minimiser l’hécatombe en évoquant un « accès régulé vers les services d’urgences ». Mais les précautions oratoires ont vite été percutées par la réalité.

Le même jour, le syndicat Samu-Urgences de France, dont François Braun est l’ancien président, sortait une enquête réalisée auprès de 331 établissements de santé au mois de juillet.

Le constat est sans appel : le mois dernier, ces services ont dû faire face à une hausse d’activité de 12 % par rapport à 2021, soit 180 000 passages en plus.

Dans les départements de la Haute-Loire ou du Vaucluse, l’augmentation de l’activité varie même de 30 à 39 %.

Les difficultés sont généralisées à tout le pays : 95 % des services rencontrent « des problématiques importantes de disponibilité de lits » et 90 % manquent de ressources humaines médicales ainsi que 89 % de ressources non médicales.

Dans la lignée des 41 recommandations de la « mission flash » menée par François Braun avant sa nomination, 88 établissements ont restreint l’accès aux urgences, dont 67 via une régulation systématique par le Samu, lui-même en posture délicate.

Dans les 97 centres du 15 ayant répondu à l’enquête, 83 % jugent leur quotidien « insécuritaire », avec une inadéquation des ressources au regard de la hausse d’activité de 21 %.

«  Pour un service de qualité, 90 % des appels doivent être décrochés en une minute. À l’hôpital d’Avicenne, nous en étions à 8 % le week-end dernier. Même si je connais François Braun depuis vingt ans, force est de constater qu’il ment », glisse Christophe Prudhomme, médecin urgentiste à l’hôpital d’Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis) et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

N’en déplaise au ministre de la Santé,

  • en juillet, 42 services d’urgence ont bien été contraints de fermer la nuit, avec 546 nuits cumulées en juillet.
  • Vingt-trois établissements ont quant à eux fermé totalement leurs urgences pour un total de 208 jours.
  • Quant aux Smur (Services mobiles d’urgence et de réanimation), sur 268 interrogés, 75 connaissent des fermetures de lignes et 18 des fermetures totales. « Les services d’urgence, les Smur, le 15, sont en grande difficulté », a déploré Marc Noizet.

Fermeture de nuit et tri des malades

  • À Valence (Drôme), « du jour au lendemain, les urgences ont fermé 24 heures, précise Christophe Prudhomme.
  • Dans le Service d’urgences médicales SUR 93, l’équivalent de SOS médecins en Seine-Saint-Denis, mardi dernier, un seul médecin était disponible pour effectuer les visites à domicile. 
  • À Aulnay-sous-Bois, dans un bassin de 300 000 habitants, une clinique sur deux a fermé ses urgences et celles de l’hôpital sont filtrées.
  •  Au service médical d’urgences de Roissy, seules les urgences vitales sont prises en charge et renvoient vers… Aulnay. Ça montre bien que nous sommes au bout du bout. »
  • Le service d’urgences d’Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), qui avait déjà tombé le rideau en mai dernier, a de nouveau fermé les 30 et 31 juillet. En cette saison estivale, la tension devrait encore s’aggraver en août, avec 25 % de plages de médecins non couvertes.
  • En Ille-et-Vilaine, quatre services seront fermés certaines nuits en août, à Saint-Grégoire, Fougères, Vitré et Redon, l’Agence régionale de santé (ARS) invitant à contacter le 15 avant de se déplacer.
  • Au CHU de Bordeaux, les patients ne sont plus accueillis la nuit depuis mai et le tri des malades est organisé de 17 heures à 22 heures. Comme le souligne un syndicaliste de l’hôpital : « Peu de monde vient désormais la nuit et les patients affluent massivement à la réouverture à huit heures du matin. Il est évident que le ministre veut généraliser la régulation un peu partout pour que celle-ci devienne la norme. Du côté du personnel, j’ai eu beaucoup d’appels d’agents qui veulent partir. »
  • Alors que la canicule persiste dans le pays, Samu-Urgences de France estime que « sans mesures contraignantes, il faut s’attendre à l’évolution vers une situation explosive ».

Pour Christophe Prudhomme,

« un débat sur l’avenir du système de santé est nécessaire. Nous sommes dans une situation de crise gravissime. Nous avons besoin d’un système de santé universel financé par la Sécurité sociale qui couvre tout le territoire. Là, nous sommes en train d’acter la généralisation de la dégradation de l’offre de soins ».


Cécile Rousseau. Source (Extraits)


Les chiffres hélas ne sont nullement inventés, trafiqués, sortie du chapeau pour stigmatiser un état de fait que chacune-chacun peut constater et ce qu’elle-il soit en agglomération ou en ruralité.

En détruisant l’hôpital public, on privilégie les hôpitaux et cliniques privées, ce qui diminuerait, voire supprimerait une ligne de dépenses dans le budget national, mais également donnerait une garantie aux assurances et complémentaires de santé, manière d’effacer la sécurité sociale, et ainsi, à terme, de supprimé la « ponction sociale » sur les bulletins de salaire pour affirmer que l’augmentation des salaires…

Un beau cercle vicieux, bien huilé par un duo social-démocratie et patronat.

MC


À l’hôpital  de Saint-Nazaire, com’ un air de déjà-vu

Passer ses vacances aux urgences de l’hôpital de Saint-Nazaire ?

L’équipe de communication vous le déconseille fortement. Dans une campagne sur les réseaux sociaux, début juillet, le CHU invite à préférer la plage aux couloirs remplis de malades (voir photo). Avouez que vous n’y aviez pas pensé !

Cette image d’un enchevêtrement de brancards avait déjà été utilisée par « 20 Minutes » (10/11/20), France Bleu (5/11/21) ou encore « Altermidi » (22/5) pour illustrer la situation des urgences surchargées. D’ailleurs, elle n’a pas été prise dans l’hôpital de Saint-Nazaire mais dans celui de Rennes, en no­vembre 2020, par Kevin Houget.

Cet aide-soignant du collectif Inter-Hôpitaux comptait surtout, à l’époque, dénoncer les conditions de travail du personnel médical en pleine deuxième vague de Covid.

N’empêche, Kevin Houget avait été convoqué par sa hiérarchie et menacé à demi-mot d’être changé de service (« Le Canard », 8/6).

« Vu l’état de délabrement des services d’urgences en France, cette photo aurait pu être prise n’importe où… » soupire l’aide-soignant breton.

Interrogé par « Le Canard », le service communication de Saint-Nazaire promet d’utiliser une photo de ses propres urgences pour sa prochaine affiche. Afin que l’on puisse admirer le « bain de foule » local ?


Article signé des initiales A.H. Le Canard Enchaîné. 03/08/2022


3 réflexions sur “Hôpitaux et Services d’Urgences … La réalité !

  1. bernarddominik 09/08/2022 / 08:34

    Oui aussi incroyable que ça puisse paraître le budget des hôpitaux, à euro constant, est en baisse.

  2. Pat 09/08/2022 / 19:19

    Même dans le privé c’est compliqué. J’ai besoin d’une échographie suite à un accident de travail. On me propose au mieux le 15 septembre…rien avant dans tous les alentours (Hôpital, clinique et cabinet contactés). D’ici là, le médecin me propose…de prolonger mon arrêt de travail…en attendant…