Hausse des salaires des fonctionnaires…

… qui paiera en fin de compte ?

Piscines fermées à cause de l’envolée du coût du gaz ; hausse du tarif de la cantine prévue à la rentrée ; colonies de vacances qui partent moins loin que prévu…

La flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation plombe les comptes des mairies et des départements, ce qui a un impact direct sur les services proposés à la population. D’autant plus que le gouvernement ne cesse de baisser les impôts dont les recettes leur sont affectées, comme la taxe d’habitation.

Certes, à chaque fois, Bruno Le Maire proclame que les pertes seront « compensées à l’euro près », mais, sauf à douter de la sincérité de centaines d’élus de tout bord, ce n’est pas le cas.

Et cela marche aussi dans l’autre sens, lorsque le gouvernement, comme actuellement, prévoit d’accroître – tant mieux ! – des prestations sociales versées par les départements.

C’est ainsi qu’un amendement à la loi de finances rectificative pour 2022 a été voté le 23 juillet dernier, du fait d’une alliance inédite entre la Nupes, LR, le RN et le groupe Horizons, pourtant membre de la coalition présidentielle, afin d’allouer 120 millions d’euros aux départements qui versent le RSA, pour compenser la hausse de 4 % décidée par l’État.

Bruno Le Maire, le même qui préconise de porter la ristourne par litre d’essence à la pompe à 30 centimes pour quelques mois, une mesure qui enlève… 1 milliard d’euros de recettes à l’État par mois, s’est dit, pour une mesure de 120 millions annuels, « stupéfait de voir des parlementaires qui n’ont que le mot rétablissement des finances publiques à la bouche, engage[r] de telles dépenses publiques, ».

Mais le problème est loin de se limiter aux aides sociales.

Car la fonction publique est de plus en plus autonome dans sa gestion. C’est bien sûr le cas des personnels employés par les Régions, départements et mairies, mais ce sont aussi les soignants, rémunérés par leurs hôpitaux, et les personnels administratifs et enseignants des universités. Qui, alors, va payer, pour de vrai, la faramineuse hausse du point d’indice des fonctionnaires de 3,5 % ?

À propos des hôpitaux, surendettés en raison des baisses des dotations versées par le ministère de la Santé, Le Maire promet une « augmentation significative » de leurs moyens en 2023, incluant une « compensation intégrale » de la hausse du point d’indice des fonctionnaires. Mais il est ahurissant que cela ne soit qu’une simple promesse, alors que la hausse de coûts représente 2 milliards pour les hôpitaux.

Mais c’est à propos des universités que le gouvernement fait encore plus fort. Là, aucune promesse ! La politique d’« autonomie» décidée par Valérie Pécresse, membre de LR – tout comme l’était Bruno Le Maire avant d’entrer au gouvernement -, lorsqu’elle était ministre de l’Eneignement supérieur est géniale : imposer aux universités de prendre en charge toutes leurs dépenses, y compris les salaires, auparavant financés par le ministère ; leur imposer d’avoir des comptes à l’équilibre ; et ne pas leur verser une dotation suffisante.

Dès aujourd’hui, les dépenses des universités, et des hôpitaux donc, s’envolent, puisque la hausse du traitement des fonctionnaires a pris effet au ler juillet. Étant donné que ces dépenses nouvelles ne sont pas compensées, ou en tout cas pas entièrement, ces établissements devront rogner sur d’autres charges.

La faute en incombera au gouvernement. Mais, à moins d’être au courant, comme vous désormais, chères lectrices, chers lecteurs, de ces subtilités de finances publiques, les malades et les étudiants qui seront à l’avenir encore plus maltraités ne sauront pas que c’est la faute à Bruno…

… Qui pourra, au contraire, se targuer d’avoir augmenté la rémunération des agents publics comme personne.


Jacques littauer. Charlie hebdo. 03/08/2022


  1. « Pouvoir d’achat : l’Assemblée alloue 120 millions d’euros aux départements pour compenser la hausse du RSA, contre l’avis des députés Renaissance » (Le Monde, 24 juillet 2022).

Une réflexion sur “Hausse des salaires des fonctionnaires…

  1. bernarddominik 08/08/2022 / 09:12

    Alors que l’inflation augmente automatiquement les recettes de l’état: tva impôt sur le revenu taxes sur les carburants taxes sur les donations et les successions, l’état ne répartit pas cette manne supplémentaire sur les hôpitaux les universités les communes départements et régions. Ça montre 2 choses: 1 l’incapacité du ministre des finances à gérer les finances publiques de manière cohérente 2 l’accroissement contant des besoins de l’état de plus en plus interventionniste dans tous les domaines parfois même au détriment de l’avenir et des intérêt du pays. Accroissement qui pousse Bercy à obliger les administrations locales à augmenter frais d’inscriptions et taxes locales, avec l’hypocrisie du ministre disant « c’est pas nous ».