L’extrême droite est présente sur la révolte agricole

Dans le monde entier, la droite se passionne pour les manifestations des agriculteurs néerlandais, mobilisés contre un projet du gouvernement libéral de Mark Rutte visant à diminuer de 50 % les émissions d’azote d’ici à 2030, en réduisant drastiquement le nombre des exploitations agricoles et en obligeant celles qui resteraient à se séparer d’une partie de leur cheptel.

Le projet gouvernemental, qui touche près de 28 000 exploitations, est vécu par les fermiers comme un exemple d’écologie punitive imposée par les règlements de l’Union européenne et, plus généralement, comme une remise en cause de la vocation agricole du pays.

La révolte des agriculteurs, qui manifestent dans toutes les villes néerlandaises, en affrontant parfois la police, et bloquent les routes avec leurs tracteurs, est devenue malgré elle un symbole pour ces droites radicales toujours prêtes à voler au secours d’un groupe social qu’elles estiment victime à la fois des écologistes et de la technocratie bruxelloise. Marine Le Pen leur a apporté son soutien «contre les expropriations» le 23 juillet.

Patricia Chagnon, élue RN de la baie de Somme, semble suivre très régulièrement le mouvement néerlandais. Lors d’un discours en Floride, Donald Trump a embrayé en fustigeant la « tyrannie climatique », avec sans doute en tête la recherche des voix rurales dans sa précampagne présidentielle, la population d’origine néerlandaise étant, en plus, non négligeable dans le Midwest agricole. Enfin, le ministre polonais de l’Agriculture, Henryk Kowalczyk, est allé un cran plus loin en apportant son soutien aux manifestants à Amsterdam.

Aux Pays-Bas même, la droite radicale cherche à tirer les marrons du feu. Geert Wilders, le chef du Parti pour la liberté (PVV), a pris la parole devant les manifestants dès le début du mouvement.

Opportunisme, certes : 50 % de la population soutenant les manifestations, il y a des voix à prendre. Mais pas que : Wilders se veut le défenseur du Néerlandais moyen menacé dans son identité. Or celle-ci est souvent rurale, au point qu’il a existé dans le pays un Parti des paysans (Boerenpartij), représenté au Parlement de 1963 à 1981.

Et pour le leader populiste allié de Marine Le Pen, l’organisation des manifestants en parti politique est une grosse menace. Le Mouvement agriculteur-citoyen (BBB), qui s’inscrit dans la ligne du Boerenpartij, au centre droit, n’a pour l’instant qu’une députée, sa dirigeante Caroline van der Plas, mais certains sondages lui prédisent jusqu’à 17 % des voix, à égalité avec le PVV.

Les agriculteurs en colère voient se radicaliser certains des leurs, les membres de la Farmers Defence Force (FDF), dont le leader, Mark van den Oever, s’est distingué en comparant le sort réservé aux paysans par le gouvernement à celui des Juifs pendant la guerre.

Le mouvement des agriculteurs vient en outre se greffer sur celui contre lés restrictions sanitaires liées au Covid, gangrené par le complotisme. L’homme politique Thierry Baudet, chef du Forum pour la démocratie, qui fait concurrence à Wilders, n’hésite pas à affirmer que le projet gouvernemental est un pan du fameux « Great Reset », complot ourdi par le forum de Davos pour réinitialiser la planète selon les desiderata des «élites mondialisées ».

Sacrifier des exploitations agricoles pour préserver l’environnement est un dilemme politique complexe. Ce qui se passe aux Pays-Bas intéresse les droites radicales parce qu’elles anticipent le fait que le mouvement pourrait s’étendre (en France et en Allemagne, surtout) et que la dénonciation de l’« écologie punitive» va devenir un point clé de leur action.


Jean-Yves Camus. Charlie Hebdo. 03/08/2022


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