Les affres de TF1

La maison Bouygues se porte bien, très bien, même : sur les sept derniers jours, son action a enregistré une hausse de 2,32 %, et le « consensus des analystes », comme disent les boursicoteurs, se résume par : « à conserver ». L’exploit est d’autant plus remarquable que le groupe Bouygues a dû se résoudre à annoncer, la même semaine, le bradage de ses participations dans ses sites Internet, notamment l’un des plus célèbres, Aufeminin.

Petit retour en arrière.

En décembre 2017, le nouveau pédégé de TF1, Gilles Pélisson, annonce que Bouygues a décidé d’investir en force dans les médias numériques. Il débourse 380 millions d’euros pour acquérir 12 sites. Peu à peu, TF1 se construit un empire sur le Net, avec Aufeminin, Marmiton, Doctissimo, Les Numériques, etc. Ces 12 marques bien connues, toutes payées très cher, sont regroupées dans le pôle digital « Unify ».

Pélisson assure alors aux actionnaires que son objectif est de dépasser très vite la barre des 250 millions d’euros de chiffre d’affaires et leur promet une marge brute de 15 % dès 2021.

Les mirages du Net

Mais, rapidement, les ennuis s’accumulent : les objectifs de « visiteurs uniques mensuels » ne sont pas atteints, la refonte des sites, comme celui d’Aufeminin, se révèle catastrophique et la fréquentation desdits sites tombe de 8,5 millions en mai 2018 à 5,5 millions en mai 2021 (« Les Echos », 27/7).

Sentant la gamelle arriver, Martin Bouygues passe, dès décembre 2020, une première dépréciation, sur la valeur d’Unify, dans les comptes de la maison : moins 75 millions d’euros.

La descente dans l’enfer numérique se poursuit, et Martin Bouygues décide d’arrêter les dégâts. Encore faut-il trouver un client pour racheter Unify. Ce sera le groupe de presse Reworld.

La maison Bouygues a assuré dans un communiqué que les pertes avaient déjà été comptabilisées et qu’elles n’auraient donc pas d’impact significatif sur ses résultats 2022.

D’après un dirigeant du groupe, qui réclame l’anonymat, c’est un chèque de 60 millions d’euros qu’aurait signé Reworld. Un montant à comparer aux centaines de millions d’euros qu’a investis sur le Net, en moins de cinq ans, le groupe Bouygues.

Quant au PDG de TF1, Gilles Pélisson, déjà plombé par le probable échec de la fusion TF1-M6 (lire ci-dessous), il aurait, d’après les mauvaises langues du groupe Bouygues, le second pied dans le béton.


Article non signé lu dans le Canard Enchainé 03/08/2022


CHLIMM ! Pas bon du tout…

Le géant allemand des médias Bertelsmann a raté les épreuves éliminatoires. L’actionnaire de M6 était prêt, moyennant un gros chèque de 1,2 milliard d’euros, à fusionner sa chaîne avec TF1 pour bâtir un mastodonte cathodique. Dans leur premier rapport, les services de l’instruction de l’Autorité de la concurrence ont douché ce magnifique plan, pointant des problèmes « significatifs » de concurrence (« Les Échos », 28/7). TF1 et M6 contrôlent à eux deux 75 % du marché publicitaire télévisuel. Conclusion d’un ponte du groupe Bouygues : « Pour TF1, c’est mort… »

La nouvelle a dû réjouir Xavier Niel, candidat malheureux à la reprise de M6. À l’issue d’un processus d’enchères qui furent achevé en mars 2021, son offre, jugée trop faible financièrement, avait été écartée. Le magnat des télécoms, de la presse et de l’immobilier peut reprendre espoir.

Niel ne sera pas seul en lice ! L’investisseur tchèque Daniel Kretinsky, l’autre actionnaire du « Monde », avait déposé la seconde offre derrière Martin Bouygues (« Le Canard », 19/5/21).

Les deux milliardaires attendent désormais que la roue (de la fortune) tourne…


Article signé des initiales O. B-K.. le Canard Enchainé 03/08/2022