La fausse misère des élus locaux

Les magistrats de la Cour des comptes viennent de faire beaucoup de peine aux maires et aux conseillers départementaux ou régionaux.

Leur rapport sur les finances des collectivités locales, passé curieusement presque inaperçu, démontre en effet, chiffres à l’appui, à quel point leur situation est devenue « très favorable » (sic).

En 2021, le niveau d’épargne brute — principal critère qui permet de mesurer la santé financière des collectivités locales — a atteint 41,4 milliards d’euros. Un niveau « inédit» : le précédent record datait de 2019, avec 39 milliards. Malgré le Covid, la capacité d’autofinancement desdites collectivités a donc augmenté de 2,4 milliards. Et leurs recettes de fonctionnement, de 5,1 %, « une forte hausse », insistent les magistrats de la Cour.

Parallèlement, les dépenses de personnel ont, certes, été « dynamiques» (« Les Echos, 12/7) : + 2,8 %, contre + 1,1 % en 2020, mais elles n’ont pas été assez élevées pour empêcher ce retour à une très bonne fortune des collectivités locales.

Exemple parmi d’autres de cette réussite financière : en 2021, toujours, les frais dits « de notaire », prélevés par les départements sur les transactions immobilières, leur ont rapporté 3 milliards de plus que l’année précédente. Et, d’après les calculs des organisations professionnelles, entre 2013 et 2021, ces « frais » — pour ne pas écrire « cet impôt » — ont augmenté de 11 % en moyenne, grâce, notamment, à la flambée des prix de l’immobilier.

En conclusion de leur rapport, les énarques de la Cour ont formulé ce souhait : « Le principe d’une contribution du secteur public local au redressement des finances publiques apparaît légitime au regard de sa situation financière. » Pour le moment, aucune organisation d’élus lo­caux, qui ont pourtant la réaction rapide et savent pleurer misère, n’a protesté publiquement.

Seul François Sauvadet, le président de l’Assemblée des départements de France, alias I’ADF, a laissé tomber dans une interview au « Figaro » (26/7) : « Il ne faut pas croire que l’Etat pourra se Miré refaire une santé sur le dos des collectivités. Avec la hausse des taux d’intérêt, nous n’avons plus de marge de manœuvre. »

A bon entendeur, salut !


Article non signé lu dans le Canard Enchainé 03/08/2022


Une réflexion sur “La fausse misère des élus locaux

  1. bernarddominik 06/08/2022 / 23:37

    Il s’agit de chiffres moyens. Les communes dont la population, donc les besoins, a augmenté, du fait de la suppression de la taxe d’habitation et sa fixation à la valeur de 2018, se font retrouvées avec des difficultés financières, l’allocation de l’état n’ayant pas suivi.