Gagné un procès face à Bolloré

Oui c’est possible mais il faut de la ténacité…

L’information n’a pas fait grand bruit, jusqu’à un papier de l’Obs le 2 août 2022 : Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, a remporté en mars la longue série de procès intentés contre lui par Vincent Bolloré. Il avait été le premier journaliste de France à être poursuivi par l’homme d’affaires, depuis 2009 et un documentaire, Cameroun, l’empire noir de Vincent Bolloré.

À l’époque, Bolloré avait attaqué ses quarante minutes d’enquête pour diffamation et avait gagné son procès. Radio France n’avait pas fait appel de la décision.

En 2015, Benoît Collombat a raconté dans le livre collectif Informer n’est pas un délit, paru aux éditions Calmann-Lévy, ce premier procès. Fin 2015, Vincent Bolloré l’a à nouveau attaqué en justice, avec son éditrice Florence Sultan, pour ce texte. En mai 2019, l’oligarque a été débouté et condamné pour « procédure abusive » et « abus de constitution de partie civile », ainsi qu’à des dommages et intérêts de 9 000 euros au profit de Benoît Collombat.

Vincent Bolloré, comme d’habitude, a fait appel, et le jugement a été confirmé en mars 2022. En juin, il a décidé de ne pas se pourvoir en cassation, ce qui a mis fin à cette procédure. Parce qu’il lorgne sur les éditions Calmann-Lévy ? Pas impossible.

Benoît Collombat, joint au téléphone, souligne sa « satisfaction, à titre personnel », mais insiste surtout sur la dimension collective de cette victoire : « Ce procès était aussi celui de la liberté d’expression, de la possibilité de remettre en question un oligarque comme Vincent Bolloré. Un procès en diffamation, ça fait partie de la vie d’un journaliste, continue l’enquêteur, mais c’est mon premier procès qui a représenté un moment stratégique dans la tête de Vincent Bolloré : c’est à partir de là qu’il a poursuivi les journalistes, ONG, associations citoyennes qui s’intéressaient à ses fructueuses affaires africaines. »

Le but : intimider, avec de longues procédures coûteuses, qui découragent les structures les plus faibles ou les enquêteurs les plus précaires.

Le journaliste s’interroge : la justice n’a pas « de dispositif à la hauteur contre ces plaintes bâillons ». Notamment, le paysage médiatique est inquiétant : « Est-il encore possible aujourd’hui de critiquer des oligarques comme Vincent Bolloré ? La cote d’alerte est aujourd’hui atteinte, avec un service public de plus en plus attaqué et un secteur privé toujours plus glouton, qui possède de plus en plus de médias. »


Caroline Constant. L’Humanité. Source


Une réflexion sur “Gagné un procès face à Bolloré

  1. bernarddominik 06/08/2022 / 08:46

    Ce sont les gens comme Bolloré qui discréditent la France en Afrique.