«Studieux».

C’est le mot bateau et concis du vacancier Macron pour qualifier son séjour à Brégançon.

On conçoit volontiers qu’il ait évité de s’étendre sur le sujet comme sur la plage privée de la résidence d’été présidentielle. Partir en vacances alors que les ministres, députés et sénateurs sont retenus au travail implique de ne pas avoir le farniente ostentatoire. Quant à la plage en question, elle n’est guère à l’abri des paparazzis, ce qui, évidemment, peut nuire à la discrétion. Et à l’image studieuse des vacances en question.

Ce qui pourrait être mal interprété alors que la Première ministre, Elisabeth Borne, réunit, avec conjointes et conjoints, les 44 ministres de son gouvernement pour un dîner ce mercredi dans les jardins de Matignon. Un dîner annoncé comme « informel », mais néanmoins studieux puisqu’il s’agit, comme dit la puissance invitante avec un vocabulaire d’entraîneuse de foot, d’un « travail d’animation du collectif ».

Pas pour rappeler auxdits ministres qu’il serait sage de demander aux chauffeurs de leur voiture de fonction de ne pas laisser tourner le moteur et la climatisation dans la cour de Matignon comme ils l’avaient fait la semaine passée dans celle de l’Elysée. Mais, pour informer les invités qu’il leur faut rester à Paris toute cette semaine, le temps de participer « aux travaux parlementaires jusqu’à la fin de la session ». Ça fait aussi partie du « travail d’animation ».

Certes, la rentrée parlementaire n’est prévue que le 3 octobre, cependant les ministres devront être de retour pour le 24 août, date du Conseil de rentrée. Et ils devront, entre-temps, avoir respecté pour leurs congés la consigne de Macron, qui leur a demandé de veiller « à la fois à se ressourcer et à la fois à rester mobilisés ». Même en vacances, le « studieux » de Brégançon reste un infatigable partisan du « en même temps ».

A ce sujet, juste avant de partir, il s’est appliqué la for­mule en recevant en grande pompe (à pétrole) Mohammed ben Salmane, dit MBS, prince héritier d’Arabie saoudite, plus connu pour son art de faire découper un journaliste contrariant à la scie que pour son sens de la démocratie. C’est odieux, mais en même temps l’hiver s’annonce rude et la crise énergétique impose des contorsions diplomatiques.

Biden a fait de même en allant rencontrer celui qu’il s’était juré de bannir. Et Macron en a rajouté. Au grand dam des ONG, après Erdogan, MBS n’est plus infréquentable. Lui et l’Arabie saoudite, avec son pétrole, son électricité, son gaz liquéfié, sont très demandés au nom des droits de l’homme à se chauffer.

Penser à l’hiver en pleine canicule d’été, les vacances «studieuses », c’est un métier. Le «studieux» doit aussi s’employer à montrer qu’il l’est. Alors que la guerre en Ukraine qui se poursuit l’avait, la semaine dernière, fait accuser la Russie d’utiliser, non seulement l’énergie, mais encore l’alimentation comme des « armes de guerre », le sujet est revenu sur le tapis (de bain).

Plutôt que d’aller faire un tour en mer dans le bateau de Brégançon, Macron a parlé pendant une heure et demie au téléphone avec Zelensky du premier cargo de maïs qui a pu quitter le port d’Odessa. Faute de bateau, le vacancier de Brégançon pourra, certes, se consoler en s’auto-congratulant, comme il l’a déjà fait en partant, d’être parvenu à faire avancer ses textes à l’Assemblée malgré sa très relative majorité. Cependant, il s’agissait des plus faciles et que, entre les retraites ou le vote du projet de budget 2023, après les vacances « studieuses », c’est la rentrée qui pourrait être fastidieuse.


Éditorial Erik Emptaz. Le Canard Enchainé. 03/08/2022


Une réflexion sur “«Studieux».

  1. bernarddominik 05/08/2022 / 08:51

    Ces résidences présidentielles sont un résidu de s residences royales d’un roi itinérant pour être vu du bon peuple. Ça montre que notre pays ne s’est pas libéré du régime des Bourbons. Il serait temps que la France finalise la révolution en se dotant d’une vraie république où le président de la République les président des assemblées les ministres et les hauts fonctionnaires soient des citoyens comme les autres, qui subviennent à leurs besoins par leur salaire et paie leurs impôt sur leurs revenus réels

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