La fusion Editis-Hachette n’aura pas lieu !

Vincent Bolloré, a donc dû reculer.

Après des mois de bras de fer après son rachat de Lagardère, et donc de sa filiale Hachette — que le nouveau propriétaire comptait fusionner avec sa propre branche d’édition, Editis, ce qui aurait donné naissance à un géant écrasant toute concurrence —, ses dirigeants ont publié un communiqué en forme de renoncement.

Ils y assurent que « pour éviter les problèmes potentiels de concentration avec le groupe Lagardère, Vivendi va étudier un projet de cession de sa filiale Editisdans son intégralité »…

On n’en sait guère plus pour l’instant sur les conditions exactes de cette cession (le groupe précise juste qu’elle devrait se faire par la « distribution d’actions Editis aux actionnaires de Vivendi et leur admission concomitante sur le marché d’Euronext à Paris »). Mais une certitude : le projet, même ainsi reconfiguré, doit encore obtenir le feu vert de la Commission européenne, censée vérifier le respect de la concurrence.

Isabelle Wekstein, avocate associée du cabinet WAN, spécialiste du droit de la concurrence et des médias, représente plusieurs de ceux (éditeurs, libraires, etc.) qui se sont vigoureusement opposés aux velléités de fusion du groupe Bolloré. Elle nous livre son analyse à chaud, quelques heures après le communiqué annonçant la cession d’Editis.

L’annonce du groupe Vivendi vous a-t-elle étonnée ?

Non, ce n’est pas vraiment une surprise. […] Mais le communiqué dans lequel Vivendi dit envisager la cession d’Editis reste extrêmement flou, et il faudra attendre la rentrée pour que le groupe Bolloré adresse une notification officielle, peut-être plus précise, à la Commission européenne.

Cette cession d’Editis était-elle le seul scénario finalement envisageable ?

On sait bien que les dirigeants de Vivendi ont tenté de l’éviter. Comme toujours avec ce type d’opérations, des informations ont fini par filtrer à ce sujet… […] Sans doute ont-ils compris qu’il leur faudrait faire des concessions substantielles. Dans ces conditions, et de leur point de vue, se « débarrasser » d’Editis pour récupérer Hachette, troisième groupe d’édition au monde, était visiblement l’option la plus intéressante.

 […]

Le fait que Vivendi se sépare d’Editis pour conserver Hachette règle-t-il le problème pour autant ?

Je ne le pense pas. À ce stade, il nous manque des informations essentielles, et je vois au moins deux sujets à clarifier.

  1. D’abord, savoir de quoi on parle : Editis sera vendu… mais comment ? à qui ? De quelle façon les liens seront-ils effectivement coupés entre les deux entités ?
  2. D’autre part, pour que cette cession soit un remède valable au risque de concentration, il va falloir que se constitue sur le marché un acteur fort qui restaure une situation de concurrence effective.

[…]

Iriez-vous jusqu’à dire que l’annonce d’hier est un gage donné par Bolloré à la Commission européenne, qui ne changera pas la donne ?

Disons que c’est une étape, mais que, a priori, dans l’état actuel des choses, cela ne résout pas les questions de concurrence. Nous allons devoir rester très attentifs à ce qui se passe dans les mois qui viennent.


Valérie Lehoux. Télérama. Source (Extraits)


Une réflexion sur “La fusion Editis-Hachette n’aura pas lieu !

  1. bernarddominik 02/08/2022 / 11:35

    A quand une loi empêchant la concentration de médias dans les mains d’un seul homme?